“KOLEE” DU ROYAUME D’OUSSOUYE

Abdou Ndukur Kacc Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com

Le Kolee bat son plein en ce dimanche 12 juin 2016 dans le royaume de Oussouye, le Kassa en Basse Casamance. Littéralement, en jolaa d’Oussouye, le Kolee signifie un récipient de 60 litres. Pour sa célébration, tous les quartiers de Oussouye doivent offrir chacun 60 litres de vin de palme en l’honneur du Roi Sibiloumbaye Diédhiou.

Le Kolee est la fête qui prépare l’autre grande fête royale qui s’appelle le Hùmabal. Les deux fêtes se tiennent en règle générale entre les mois de mai et octobre. L’organisation du Kolee est intimement et strictement liée à l’intronisation d’un Roi. Sans un Roi, pas de Kolee. Cependant, à l’origine, le Kolee était une fête des amoureux, une sorte de Saint Valentin judéo-chrétien.

Depuis 5 heures du matin, le royaume vit aux rythmes des danses et luttes entre les 17 villages du royaume de Oussouye. Un cérémonial rituel précis accompagne ces combats matinaux avec notamment la disponibilité dès 5 heures de mêts traditionnels ajamaat pour les lutteurs : souvent une sauce feuille à base de noix de palmiste et du poisson, le kong. On reconnaît le bamaxene en jolaa Oussouye plus connue sous le nom de fitafou en basse casamance.

Les anciens lutteront contre les plus jeunes dans le but pédagogique de leur apprendre les techniques de combat. Il ne s’agit pas de combat classique de compétition mais bien d’une cérémonie initiatique d’apprentissage pour maîtriser les clefs des luttes sans frappe.

Entre 17h et 18 h, tous les quartiers du royaume vont se rencontrer dans une place publique strictement interdite à ceux dont les pères ne sont pas originaires de Oussouye. Une belle occasion mystique pour détecter les potentiels meilleurs lutteurs qui pourront recevoir des pouvoirs mystiques de sages détecteurs de futurs champions.

Entre 17 h 30 et 18 h, la procession qui ira vers la place publique sera accompagnée par le Etonaat. Le Etonnat est une musique royale jouée à partir de tams-tams sacrés. Cette musique royale sera jouée de la place publique de Batefousse (quartier qui gère le royaume) au Kàii. Là où se trouve le royaume proprement dit. Voilà pourquoi le Roi s’appelle aussi en Joola d’Oussouye Àii. Le kàii symbolisant le royaume. Il est aussi connu sous le titre de maan.

Le Kassa tout comme la Basse Casamance, un réservoir de traditions strictement codifiées. A y voire de près, on comprend mieux que ces processus initiatiques n’ont rien à envier aux autres formes de socialisation formatrices des hommes et des femmes. Bien au contraire. Mais puisque nous sommes si autistes à parler plus de Halooween que de Kolee.

Texte : ANKN
Photo : Matar Ndour

@Projet ethno photographique, juin 2016. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour & ANKN

FROM TENDA TO AJAMAAT
MOFAMATI TENDA BÉÉ MOFAMATI AJAMAAT ( JOOLA )
GËR ANGOL AND TENDA XANI GËR AJAMAAT ( BASSARI )

AFRICANISATION DES SPIRITUALITÉS ? SORTIR DES SCORIES

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Le débat sur la laïcité se poursuit. Il semble que globalement nous sommes favorables à l’idée qu’elle est d’emprunt et que nous devrions encore réfléchir sur des lieux communs pour sortir des impasses identitaires dans lesquelles notre société semble s’enchâsser. En lisant progressivement les autres contributions, il est apparu une autre exigence religieuse identitaire : l’africanisation des spiritualités africaines. Il est vrai que les chocs entre ces spiritualités et les religions révélées sont profonds et ont remodelé une Afrique qui se cherche.

Posée telle quelle, cette question est sans doute mal formulée car elle postule de manière péremptoire que l’Afrique n’a pas une spiritualité propre. Ce qui n’est pas défendable au regard des trajectoires d’une Afrique, « berceau de l’humanité ». Les questions de fond qui se posent à nous sont de savoir pourquoi ces spiritualités «exogènes » ont trouvé un terreau fertile chez nous ? Pourquoi avons-nous encore cette propension à vouloir juste arrimer l’islam à son contexte géographique de naissance et de le circonscrire a des référents culturels arabes ? Car, en réalité, nous y trouvons l’islam (les reliques) mais les musulmans sont ailleurs. Ils sont en Indonésie, en Malaisie, etc.

En quoi est-il gênant d’être musulman et africain ? Il n’y a rien qui fait que ces deux réalités soient opposables. En effet, les valeurs prônées par l’islam ne sont pas l’apanage des arabes. De même elles ne sont pas opposées à nos valeurs africaines. L’unité du divin n’exclut pas la pluralité du sacré. L’enjeu sans doute est de se réconcilier avec nous-mêmes. Faut-il encourager le retour aux religions pharaoniques ? Pas nécessairement pour ne pas dire question mal formulée. En fait, tout ceci suppose qu’il existe une case de départ. Une sorte d’obsession métaphysique à convoquer en permanence une origine. C’est un anachronisme et une simplification de nos trajectoires africaines sur lesquels nous reviendrons une autre fois.

Si l’Islam était parti d’un peuple bon, gentil et intègre, nous aurions attribué son développement uniquement au prosélytisme de ces gens. Nous avons ainsi tout intérêt à faire notre propre exégèse et sortir de la pensée islamique beaucoup de scories. Pourquoi Bilal le premier muezzin de l’islam n’est pas traité dans les traditions et on ne lui rapporte aucun hadith ? Pourquoi Bilal est retourné vivre à Damas où il est enterré après la mort du prophète ? Tout le monde sait qu’il a subi le racisme et la maltraitance. D’ailleurs une histoire touchante raconte quand il est revenu 9 ans après pour se rendre sur la tombe du prophète où il fit l’appel à la prière une dernière fois. Et les scories sont nombreuses et nous n’avons pas pris suffisamment de temps de les extirper d’une histoire islamique constamment référée à l’arabisme.

C’est parce qu’aussi nos Oustaz sont encore plus acculturés que les élites issues de l’école française qu’ils brocardent sous le qualificatif d’intellectuels «français ». Ces Oustaz charrient cette “arabisation” de l’islam et confondent l’esprit et la lettre. Il suffit de les écouter lire le Coran ou dire des hadiths pour se convaincre notamment de leur niveau d’acculturation qui les empêche aussi de s’interroger sur les vraies scories de l’islam. Ils raillent les « français » qui roulent les « r » et oublient qu’ils ont font autant avec l’arabe. Ils confondent souvent culte et culture et la liste est loin d’être exhaustive. Nous sommes par conséquent en face d’une double aliénation «orientale » et «occidentale » qui s’accusent mutuellement mais qui charrient des scories et complexes identitaires. Un peu du genre le dispensaire qui critique l’hôpital. Cette orientation vers les débuts géographiques ne doit pas dissiper l’essence de cette religion. Un historien américain l’appelle le parti pris arabiste. D’autres parlent de forme d’acculturation déterritorialisée pour ce qui concerne tous ces musulmans en Europe et en Afrique qui n’arrivent pas à se déterminer par rapport à leur culture et leur religion. Tout ceci crée toutes ces tensions.

Une des grandes questions qui se pose à nous est que nous n’arrivons pas à démêler les marqueurs culturels et les marqueurs religieux. Nous sommes presque définitivement installés dans un narratif qui nous oblige au suicide culturel. Pourquoi les “Wolof ” disent parfois ” Ni mon « ngor (dignité) Ni mon « dinė (religion) » ne me le permettent est très parlant comme parallélisme. Le problème pour nous vient du fait qu’on veut nous faire avaler cette notion de “culture musulmane” monolithique. Si on la confronte aux référents anthropologiques, sociologiques et civilisationnels qui sont pluriels, nous nous heurtons à nos propres contradictions. Alors certains prônent un retour aux sources ou un suicide culturel qui ne sont pas en phase avec leur trajectoire et leurs psychés. Alors, nous tombons dans les religions pharaoniques ou dans l’islam noir. C’est une vraie impasse.

A notre avis, les premiers soufis comme Cheikh Ahmadou Bamba, El hadji, Malick Sy, Baye Niass, etc. avaient mieux saisi ces subtilités. Ces questions de fond interpellent aussi à notre avis nos intellos de tout bord. Il faut dire que « le parti pris arabe » obéit à des logiques internes de maintien de la dépendance. C’est parce que l’ésotérisme qui entoure tout cela a le mérite de cantonner le pouvoir symbolique chez les lettrés religieux. Africanisation des spiritualités africaines ? Les impasses sont loin d’être bouchées.

ANKN

ARABIE SAOUDITE : VERS L’IMPLOSION D’UN RÉGIME DE TERREUR

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

L’Arabie Saoudite, une monarchie en pleine transition qui décapitera bientôt notre concitoyenne, cette bonne sénégalaise qui a tué sa patronne. C’est le lot quotidien des pratiques de ce régime qui déteste les étrangers. Ces derniers venus servir le pays au même titre que leurs dromadaires. Voilà ce qu’ils disent. Pourtant, les expatriés représentent le 1/3 de la population en Arabie particulièrement maltraités. Sauf bien évidemment les européens et leurs rois les américains. L’Arabie Saoudite, un royaume qui se dirige inexorablement vers une implosion certaine. Plusieurs facteurs peuvent être mis en exergue pour fonder cette prévisible implosion. .

D’abord le changement de mode de gouvernance et de distribution du pouvoir depuis l’arrivée du roi Salman a créé des tensions profondes. Il a concentré le pouvoir entre les mains de sa propre famille. Salmane Ben Abdel Aziz est le demi-frère du roi Abdallah mort l’année dernière. Le premier roi Aziz Al-Saoud avait 45 fils issus de nombreuses unions et Salman est le 25eme des 45. Il doit gérer une famille royale qui compte plus 25 000 membres, dont plus de 300 princes (avec des groupes conservateurs et des libéraux , etc). Autant dire une configuration familiale extrêmement complexe avec ses guerres de clans qui traversent le pays. Salman est du clan des Soudayris qui sont l’aile dure du régime. Pourtant, le roi Abdallah avait verrouillé en plaçant son demi-frère Muqrin comme prince héritier avec l’aval des membres du Conseil d’allégeance composé de 34 membres dont 7 princes. Mais lui sa mère est yéménite !

Salman a tout cassé et est revenu dans une logique de famille presque nucléaire. Du coup, aujourd’hui c’est un gamin de 30 sans expérience et belliciste qui dirige le pays en réalité. Le jeune Mohamed Ibn Salman, ministre de La Défense ! Le fils cadet du roi. La guerre au Yémen c’est lui. Salman a fait un coup d’état interne. Il a déposé son demi frère au profit de son neveu à lui Mohamed Ibn Nayef et il nomme son fils cadet Mohamed ibn Salman vice-prince héritier. Évidemment l’autre camp qui a des attaches dans la région ne se laisse pas faire. Et son “Karim ” accumule les bourdes. En réalité, Salman est entrain de basculer la monarchie dynamiste vers une monarchie absolue gérée par lui même, son groupe et des alliés en dehors du cercle de la famille saoud. Par exemple l’actuel ministre des affaires étrangères Adel ben Ahmed al-Joubeir est un roturier qui n’est pas du cercle. Voilà une jurisprudence qui va entraîner des rivalités sérieuses porteuses d’implosion.

Ensuite, il y a le facteur économique. La baisse du prix du baril et la perte de revenus les oblige à changer d’approche. Le budget du royaume a enregistré un déficit record de 98 milliards de dollars l’année dernière et on parle de 87 milliards de dollars en 2016. Pour la 1ère fois depuis 15 ans, ils ont lancé un emprunt sur le marché de 10 milliards d’euros, remboursables en cinq ans. Un signal fort. Déjà ils sont entrain de prendre des mesures inédites comme l’augmentation des prix du carburant et la réduction des subventions pour l’électricité, etc. Ces mesures ont un impact social qui pèsera sur la stabilité de ce régime.

Enfin, nous avons le retour de l’Iran sur la scène internationale qui va rééquilibrer les forces dans la région. Les saoudiens se sentent lâchés par leur protecteur américain et font tout pour maintenir la tension devant la menace qu’ils appellent la création d’un arc persan qui s’étendrait jusqu’à la Méditerranée. Donc ils attisent le feu au Yémen (enlisement total et bilan humain effroyable), exécute par provocation le cheikh Nimr Baqer Al-Nimr (pour déclencher une contestation chiite, déplacer le problème sur le terrain religieux et isoler l’Iran. Bahrain et Soudan ont suivi comme des moutons de Panurge, mais pas les autres pays.

La guerre au Yémen a fait plus de 8000 morts et certaines sources disent qu’elle engloutit jusqu’a 200 millions de dollars par jour par la folie de quelques petits princes bellicistes et sans expérience. Le réchauffement des relations avec l’Iran et l’accord sur le nucléaire inquiètent les saoudiens qui souhaitent vivement la fin du mandat de Obama. Il y a en plus les menaces de déclassifier le rapport secret du Sénat américain consacré aux possibles complicités saoudiennes dans les attentats du 11 septembre 2000. Et ils font actuellement un terrible lobby pour que le nom de l’Arabie Saoudite ne soit plus mentionné dans un rapport des Nations Unies sur les violations des droits des enfants. Malgré les crimes au Yémen notamment.

On voit bien dans quels pétrins se trouve ce régime aux abois qui renforce sa répression intérieure et une monarchie éclatée de fait en différents pôles antagoniques. Les américains, leurs dieux vivants ne sauveront pas ce régime qui devra payer ses crimes et son arrogance. Sans être dans le secret des dieux, je crois que même Dieu n’arrivera pas à sauver ce régime qui a détruit tous les symboles identitaires de l’islam qui a quitté l’Arabie depuis fort longtemps. Il ne reste que le souffle et l’essoufflement des dromadaires (hommes et animaux) et le business, nouveau prophète au pays de Mohamet.

ANKN

LE PRIX DU SANG NÈGRE SELON LA JURISPRUDENCE SAOUDIENNE

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Mina a déjà enseveli ses milliers de morts. La trégédie fut grande d’autant qu’elle relève de la responsabilité directe de Ryad et de sa cupidité. On peut imaginer si les morts étaient des américains ou des européens. Le traitement ne serait pas le même et Ryad se montrerait plus magnanime et plus respectueux. Tout ceci est triste et scandaleux. Dans cette omerta de lâcheté, seul l’IRAN a décidé de prendre ses responsabilités. A juste titre, il boycottera le haj qui est un lieu de pèlerinage, pas de massacres humains. La vie de nos concitoyens vaut mieux que le pèlerinage. Le reste relevant d’obscurantisme servi sélectivement. Car nous sommes peu à accepter que nos papas et mamans meurent à la Mecque. Soyons juste et ramenons la religion à ses proportions humanistes. Personne ne peut justifier ces carnages indignes d’un Etat saoudien qui n’en est pas à ses premiers coups d’essai et de négligence meurtrière. D’autant que ce sont les africains notamment qui payent le plus lourd tribut de ces accidents structurels au nom de l’argent.

Un million pour nos morts; c’est le prix du sang comme diraient les Souadiens. Le “prix du sang” est proportionnel à la valeur qu’ils accordent à la vie de ces Nègres. C’est la jurisprudence saoudienne. Tout crime ou accident a son prix de sang. Pour s’en convaincre voila un exemple de ce que représente le prix du sang. Un prêcheur saoudien qui viole, tue sa propre fille et rachète sa liberté pour 40.000 euros.http://www.wikistrike.com/article-arabie-saoudite-il-viole-…. Voila bien le problème idéologico-religieux qui se pose. Même si Ryad avait donné 1 milliard par famille, cela ne “ramènera” pas nos morts. Le vrai problème est qu’au nom de cette jurisprudence abominable, nous les nègres, nous valons 1 million de FCFA. Donc, il faut bien repositionner le contexte idéologico-religieux de saoudiens qui qui n’ont aucun respect pour les nègres. Et c’est peu dire.

En réalité, l’Arabie souadite c’est juste un Daesh qui a réussi Voila une boutade de Kamel Daoud qui résume bien le visage réel de ce regime des Saoud : “Daesh noir, Daesh blanc. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’Etat islamique et l’Arabie saoudite. Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh”. (Extrait)

Ici personne ne bronchera. Avec tous ces gens qui prennent l’argent des Saoud, ces derniers sont surs de leur fait. Car les intérêts ont pris le dessus. Souvent pour des miettes que l’Arabie Saoudite nous donne lorsqu’on regarde leurs contributions au développement Nous y reviendrons en chiffres et en détails. Tout ce que sait faire ce régime, c’est corrompre nos dirigeants et nous envoyer des carcasses de moutons et de dattes. Sinon exporter leur “rectification wahhabite” rigoriste qui a finit d’en faire le vrai Daesch.

Pourquoi sommes nous si lâches à et si désinvoltes quand des dizaines de sénégalais meurent dans les conditions de Mina ? Cette désinvolture est le signe évident d’une perte d’estime de soi fatalement installé au cœur de notre vision du monde. J’espère un jour qu’un autre régime plus respectueux des droits de l’homme et des nègres viendra balayer cette pourriture saoudienne qui a cloué le bec à tous ces prêcheurs corrompus par Ryad prompts à nous tailler un toit en enfer.

ANKN

ORGANISATION DU ROYAUAME D’OUSSOUYE : MODELE ETATIQUE AJAMAAT

Abdou Ndukur Kacc Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com

Oussouye et son royaume. Logé au cœur du Kassa, en Basse Casamance. 17 villages le composent. A la tête du Kaii (royaume) trône le Roi Sibiloumbaye Diédhiou, appelé Aii ou Maan, sa Majesté. Survivances coloniales ? Sibiloumbaye Diédhiou, 17ieme Aii d’une longue lignée de Rois. Intronisé le 17 janvier 2000 après plusieurs années de vacance d’un pouvoir royal qui a fait les frais de la crise casamançaise. Il a remplacé Sibaakuyaan Diabone lequel a succédé à Siangebil Sambou. Les intronisations royales se passent entre les familles Diedhiou, Diabone et Sambou. A tour de rôle. Selon un rituel précis de désignation du roi appelée Kateb jàlii. Pour qu’il soit désigné, les signes doivent parler. Les initiés commis à cet effet pourront en déchiffrer le sens et le choix final porté sur le futur roi. Il sera «kidnappé » et n’aura aucun autre choix que d’accepter sa nouvelle fonction, véritable sacerdoce à vie.

Il sera reclus presque au sein de son palais royal et ne sortira que pour respecter des exigences de représentation bien codifiées au sein du royaume. Il est le chef moral et suprême d’un royaume qui lui doit respect et auquel il doit protection et assistance. Il gère ainsi le plus grand fétiche qui est celui du royaume et exerce des fonctions de prêtrise fondamentale. Il n’a pas à proprement parlé de fonctions politiques préférant s’occuper de ses fétiches et de l’organisation spirituelle du royaume. Le Roi a deux épouses Àliis Umoyi, la premiere Reine et Àgiiluyaan, la seconde Reine qui vivent toutes deux dans la maison royale à Oussouye. Ces Reines sont aussi choisies dans des familles précises et ne pourront se remarier à la mort du roi-époux. A moins que le roi-successeur pour des raisons qui lui sont propres décide de remarier les veuves de son prédécesseur. Ce fut le cas du Roi Sibaakuyaan Diabone qui avait repris les reines trop jeunes de Siangebil Sambou.

Le second direct du royaume est le détenteur du fétiche qui s’appelle Elinkinee. Puissant fétiche qui couvre tous les autres fétiches mais qui est sous la responsabilité morale du Roi. Il s’appelle Ushumbu. Il est basé à Oussouye. A la différence du Roi, il est certes une autorité sacrée, mais particulièrement accessible. En revanche, pour accéder au Roi directement et à ses quartiers, il faut en avoir les prérogatives initiatiques. Même les initiés d’un certain niveau ne peuvent pas voir directement le Roi. Ce qui n’est pas le cas du second personnage du royaume.

Ensuite viennent les différents fétiches qui sont des sortes de ministères et qui régulent l’organisation du royaume. Nous avons le Bàcïm qui est une sorte de ministère de l’intérieur. Il est géré en ce moment par Atabo et son second s’appelle Kukobibo et sont tous basés à Oussouye. Le ministère de la justice est assuré par le fétiche appelé Elunģ. Un fétiche qui recueille les confessions des meurtriers voire même ceux qui de façon fortuite ont vu un cadavre sur leur chemin. Innocents ou non, il est fait obligation aux concernés de se confesser impérativement auprès du fétiche. Sous peine de recevoir de terribles sanctions. Son détenteur s’appelle Kuyanayo et il est basé dans le village de Jiwant. Le fétiche appelé Hulem joue aussi les mêmes fonctions de purification et de confession. Le mis en cause doit s’acquitter de plusieurs offrandes en présence d’un public ouvert pour expliquer dans le détail les conditions de son meurtre.

Viennent aussi plusieurs autres fétiches qui sont des sortes de ministères au regard des rôles sociaux et mystiques qu’ils jouent. Ainsi, nous avons les fétiches de la circoncision, le Ébila notamment dédiés à l’apprentissage des interdits. Il existe des fétiches plus centrés sur “l’ouverture” et la chance. Dans ce registre, on peut noter le Hufiila, fétiche implanté souvent aux abords des concessions pour augmenter les chances. Le fétiche le Kataf, joue aussi cette fonction. On peut noter des fétiches dédiés aux protections tel que le Huben fétiche géré en particulier par les femmes. Le Hunii, est aussi un autre fétiche des femmes qui regroupe les 17 villages du royaume. Il existe des fétiches plus spécifiques tels que Kàļafum, fétiche du mariage mais aussi des forgerons, le Kuhulunģ, fétiche de déclaration de naissance et de mort.

Le royaume, c’est aussi des espaces interdits tels que les bois sacrés inaccessibles selon votre niveau d’initiation. Le Roi et les fétiches ont leurs représentants dans les différents villages du royaume. On peut observer que l’organisation du royaume est basée sur des fétiches et leurs détenteurs qui forment l’ossature politique et mystique du Kaii. Le Aii, le Roi coordonnant toutes cette complexité organisationnelle avec sa cour. Une belle preuve vivante d’une autre forme « d’Etat » qui fonctionne avec ses normes, ses codes, ses secrets, mais connus des habitants. La Casamance restera toujours un modèle pertinent d’organisation sociale inspirante et loin des mimétismes d’une modernité qui cherche son âme.

Texte : ANKN
Photo : Matar Ndour

@Projet ethno photographique, juin 2016. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour & ANKN

FROM TENDA TO AJAMAAT
MOFAMATI TENDA BÉÉ MOFAMATI AJAMAAT ( JOOLA )
GËR ANGOL AND TENDA XANI GËR AJAMAAT ( BASSARI )

RESPONSABILITÉ SOCIALE DES «MAL PENSANTS »

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Le débat sur notre laïcité se poursuit. Deux conclusions majeures peuvent être tirées. Nous n’avons pas encore les moyens de faire face à une école et une société laïques et qu’il faudra faire face aux « féroces compétitions » et confrontations avec les autres franges bien établies qui vont au-delà de nos seules identités religieuses. Les turcs sont déjà là…Notre laïcité est d’emprunt et nous avons tout intérêt à valoriser les lieux communs seuls gages crédibles pour faire face aux discours de haine et de suprématie religieuse observables dans les discours publics. Alors on verra bien vers ou nous irons avec la reconfiguration de ces différents pôles antagoniques. Une vaste question qui mérite une profonde réflexion car elle engage notre avenir et notre devenir.

Je crois que nous sommes en phase de transition. Du coup, plusieurs bastions vont tomber. Les reconfigurations familiales au sein des grandes familles maraboutiques ont déjà amoindri voire éclaté le noyau dur en plusieurs pôles concurrentiels. Nous sommes à l’ère du règne des petits fils qui ont commencé à montrer leurs limites face aux légitimités incontestables des fondateurs et de leurs fils. Au-delà des apparences et des consensus de façade, le jeu des conflits et des compétitions est féroce et les appétits de conquête d’espace de légitimité tout aussi « meurtriers ». Les sociologues notamment ont du travail pour mieux saisir les complexités en jeu pour une société en transition comme la nôtre avec ses peurs et ses incertitudes.

Force est de reconnaître qu’ils sont eux-mêmes enchâssés dans des partis-pris toujours au nom du parti et de la confrérie. Il est vrai que la surenchère et les intimidations empêchent un travail scientifique d’émerger dans un Sénégal où on interdit aux « penseurs » de toucher à certains narratifs magico-religieux. Nous écrivions ceci à ce propos : « Au Sénégal, il y a des narratifs magico-religieux que personne n’ose questionner. Ils ont été distillés de la même manière : par le tapage et l’intimidation presque organisés tellement, ils sont réguliers. Notre pays continue d’entretenir le mythe du « doomu Soxna »Seigneur ! Comme si nos braves mamans à nous qui prient avec leurs forces matinales au plus profond d’elles n’étaient pas aussi vertueuses, si dévouées, et totalement dignes de nous et pour nous … Au point que nous devons tous payer cette tare “congénitale ” par une “soumission ” à un ordre qui n’est pas celui du grand et unique maitre et juge incontestable de ses suiveurs. Pourquoi ce principe serait-il une exemption sénégalaise qui d’ailleurs ne saurait prétendre ni à la paternité berceau de l’islam ni à celle de la piété la plus sacrée de la umma ».http://ndukur.com/pour-une-republique-des-nawle-egaux/

De toute façon, cette société déteste ses génies cloués au pilori. Elle a ses nouvelles stars entre les bandes FM et les télévisions si ce ne sont les lutteurs qui tiennent le haut du pavé d’une société d’exhibitionnisme. Elle ne leur offre pas d’espace de créativité. Voilà pourquoi, nous disions ce qui suit : «Les vrais génies qui peuvent résoudre les équations mathématiques, trouver des solutions adaptatives pour nos variétés de riz, inventer des applications logicielles pour améliorer le fonctionnement de nos administrations, etc. eux sont méprisés, piétinés. Ils comprennent qu’il faut hélas souvent prendre les chemins sinueux de l’exile. Les sociétés modernes chantent, protègent et exaltent leurs génies pour faire face aux défis complexes et rapides des révolutions scientifiques et technologiques. La nôtre semble faire l’option de la valorisation généralisée de la médiocrité ». http://www.sen24heures.com/?SOCIETE-TUEUSE-DE-GENIES

Face aux contraintes culturelles tueuses de génie, quelle responsabilité sociale des chercheurs ? Pouvons-nous bâtir un dispositif de savoir et d’aide à la décision détaché de toute ces contingences qui minent notre créativité et qui refusent qu’on s’interroge sur les narratifs sociaux, politiques, magico-religieux ? Pourtant, les décideurs ont besoin de point de vue sans auto censure pour mieux orienter leurs choix. Sous ce rapport, les « vrais techniciens » paient un lourd tribut pour assumer leur indépendance au détriment de logiques larbinistes et carriéristes qui ont fini de gangrener durablement le système national d’aide à la décision. Nous attirions l’attention sur l’urgence d’une introspection en ces termes : «Il nous faut arrêter de nous “mentir” dans nos forums et cercles de réflexion presque par pudeur ou duplicité. Nous avons besoin tous d’une introspection. On appelle cela le génie ou l’exception. Il s’agit de cette capacité sénégalaise à faire du “masla ” jusqu’à faire du “massaale” en gommant les questions de fonds qui entravent toutes les alternatives vertueuses et porteuses de développement juste et équitable ».http://ndukur.com/les-parangons-de-la-refondation-nationale/

Reposons la question fondamentale de la responsabilité sociale des chercheurs, des « penseurs » dans un contexte d’hostilité, d’auto-censure et de censure permanentes ? Nous voulons des penseurs qui pensent. Des chercheurs qui trouvent. Seulement lorsque nous jetons des fleurs ou nous magnifions comme des griots inspirés les hauts faits de guerre des « princes » et des « guides ». A moins de faire face aux fatwas devenues une arme de soumission et de silence pour les « mal pensants ».

ANKN

LAÏCITÉ D’EMPRUNT

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Hier, nous discutions du voile musulman et de l’identité chrétienne. Une identité religieuse que nous refoulons alors qu’elle doit nécessairement assumer les inévitables confrontations qui se dressent sur son, chemin. Nous voulons des écoles et une société laïques sans se doter des moyens de faire face aux conséquences d’une laïcité.

C’est connu, notre pays est toujours enchâssé dans ses paradoxes presque ritualisés. Nous dénonçons les nombreuses fêtes catholiques. Pourtant les lobbies maintiennent les talibés dans la rue et personne ne broche. Il y’a des îlots d’analphabétisme dans plusieurs zones rurales. Dans d’autres, au nom d’interdits religieux, aucune école dite “française” n’y est admise. Au même moment, les enfants de ses “interdicteurs” sont dans ces mêmes écoles de L’aventure ambiguë. En quoi être à l’école française et coranique est-elle incompatible ? N’est-ce-pas le meilleur moyen de donner plus de chances à nos enfants d’acquérir plus de compétences sur les choses ? Ces analphabètes sont souvent maintenus en liesse comme des moutons de Panurge corvéables et taillables à souhait. C’est une des formes d’obscurantisme les plus subtiles mais aussi les plus pernicieuses pour une société qui a tant besoin de l’intelligence plurielle de ses enfants.

Nous savons calculer la vitesse de la lumière mais pas celle de l’obscurité. Nous nous battons sur les symboles identitaires mais pas sur notre identité de sénégalais. Nous n’avons pas d’autre choix raisonnable que d’accepter que nous sommes “fertilisés” par toutes ces influences séculaires. La laïcité à la sauce sénégalaise ? Les gens ont font un outil de propagande et de chantage à travers des formes d’indignation sélective et hypocrite. Nous devrions lâcher prise et assumer notre “moi” qui est plus même que cette laïcité d’emprunt. Et cette question mérite une sérieuse réflexion. Sinon, nous risquons d’aller vers le gouffre.

La preuve, même sous le voile ou le costume, le boubou ou la toge, se cachent les mêmes gris-gris, les mêmes bains mystiques. Dommage que nous laissons souvent les pyromanes nous distraire. Or, nous devons réfléchir sur nos lieux communs et essayer de cultiver le vivre ensemble. Même ces modes de contestations sont des artefacts. Au sein de nos dahiras, nous cultivons le culte de l’exclusivisme et chacun le drapeau en bandoulière revendique une majorité religieuse et sociologique. Les positionnements politiques se précisent et chacun tire de son côté en affirmant orbi et orbi que plus personne ne sera président de la république s’il n’est de ma confrérie. Tout ceci se joue sur le registre d’un silence démagogique dans les sphères publiques et d’une réaffirmation solennelle entre les quatre murs de nos dahiras et autres regroupements religieux.

Et nous continuons de prendre des vessies pour des lanternes. Le “griotisme” religieux a fini de redéfinir ce que ne devrait plus être notre laïcité d’emprunt et de ce que doit être notre Etat confrérique ou religieux. Pourquoi ces dérives ? C’est parce que le modèle soufi qui a fondé ces confréries a été happé par les logiques d’accaparement. Nous verrons bien vers quels types de confrontations tout cela va nous mener avec ces pôles antagoniques qui aiguisent de plus en plus un discours de haine et de suprématie religieuse.

ANKN

LE VOILE MUSULMAN ET L’IDENTITÉ CHRÉTIENNE ?

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Aujourd’hui, je n’ai pas très envie de parler de la libération programmée depuis plusieurs années de Karim Wade. Peut-être un autre jour. En profane juriste, je me suis toujours demandé pourquoi octroyer autant de pouvoirs constitutionnels à nos présidents qui en jouissent comme de minables politiciens. Les magistrats qui sont dans leur écrasante majorité debout pour défendre l’indépendance de la justice ont encore des sentiers à déchiffrer. Le discrédit est de trop.

J’ai plutôt envie de parler de notre laïcité et des rapports complexes entre les musulmans et les chrétiens. Sujet délicat. Mais les derniers développements nous y incitent. Sidy Lamine Niass s’est offusqué des multiples fêtes octroyées aux catholiques en convoquant notamment la loi du nombre. Le mollah de sacré cœur pose souvent des problèmes de fonds mais les pose assez mal. Il n’a pas sans doute encore compris les bases sur lesquelles notre jeune Etat s’est formé et qu’un peuple n’est pas une juxtaposition arithmétique d’individus. Il a sans doute oublié de signaler les centaines de manifestations religieuses musulmanes tout aussi paralysantes. Il a sans doute oublié de s’attaquer avec plus de violence à notre l’Etat, appendice de l’Etat français et de sa culture judéo-chrétienne. Je ne vois pas quelle est la faute des chrétiens dans cette dénonciation qui ne manque pas de sens si elle est transversale à une religion ou une confrérie.

A Saint-Louis, les écoles catholiques ont décidé d’interdire le port du voile. Une décision qui ne date pas de cette année. On se rappelle des protestations à l’école Thiandoum de Grand Yoff il y’a un peu plus de deux ans. Bon les esprits du moins certains se pointent vers la France qui applique le même principe. Du franco-tropisme exagéré de l’église sénégalaise ? Sans doute la question est plus profonde et ne saurait être réduite à une simple théorie du complot français.

Notre générations et tant d’autres ont grandi et vécu avec les chrétiens. Enfants, nous allions à la messe de cathédrale les dimanches et nos amis venaient les vendredis à la grande mosquée de Dakar. Dans une sympathique innocence juvénile qui a forgé nos ouvertures d’esprits. Au cœur de nos familles, les musulmans se marient avec les chrétiens configurant de fait leurs bases religieuses métissées. De Jaol Fadjout à Parkour dans le Vélingara en passant par Sibassor dans le Saloum, nos familles sont à la fois chrétiennes et musulmanes. Les nouveaux intégrismes de tous bords émergents n’ont pas encore réussi à casser ce solide socle de notre vivre-ensemble en commun.

Les écoles chrétiennes ont formé de générations entières de jeunes musulmans. Les Keur Sœurs en ont soigné des millions qui ne sont pas de confession chrétienne. Tous les coins chrétiens disposent d’une école, d’un poste de santé et Caritas y fait du bon boulot. Ils ont un meilleur taux de scolarisation et sont moins mêlés aux “affaires”. Et ils lavent leur linge sale en famille. Ils ont aussi habilement leurs quotas partout. Personnellement, je ne crois pas qu’on puisse faire un mauvais procès à l’église avec cette décision d’interdire le voile. Apres tout, peu de chrétiens seraient acceptés dans des écoles coraniques ou musulmanes la croix et la bible en bandoulière.

Pourquoi devrions-nous avoir peur de la pluralité de nos identités religieuses ? La laïcité sénégalaise est à l’épreuve des identités multiples et de notre configuration sociologique. Ceux dont les enfants fréquentent les écoles comme Yewuz Selim peuvent observer avec aisance l’influence turque. Pourquoi veut on bâtir une école ou une société laïque sans s’en donner les moyens et en assumant les “confrontations” que cela entraîne avec des fanges bien établies. Il faut accepter les règles du jeu. Ou se donner les moyens de son affirmation identitaire ou religieuse. Le reste n’est que mauvais procès contre des entités religieuses établies qui ont aussi leur philosophie de classe.

ANKN

LA RÉPUBLIQUE DES “HERDING CATS” ET DES CHEVALIERS MOURANTS

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Il y’a quelques jours, j’entamais une réflexion critique sur les mises en scène de soi et les nouveaux dieux des réseaux sociaux. Les réactions semblent confirmer un fait : tout le monde n’est pas de même niveau et de même motivation pour parler du Sénégal en évitant les buzz et les épiphénomènes. Nous poursuivons dans la même veine cette réflexion critique sur nos mises en scène de soi.

Un constat s’impose à nous tous, particulièrement nous les refondatrices et refondateurs. Il nous faut beaucoup de patience. Pourtant nous recelons en notre sein des professeurs et chercheurs titulaires de nos universités, des cadres techniques et administratifs de haut rang, mais aussi des élèves, des étudiants, des paysans répartis entre les 4 points cardinaux. Autant dire que le potentiel est immense et que stricto sensu notre groupe devrait être au moins à la pointe d’une réflexion qui évite les buzz.

Lorsque nous attirons l’attention sur la gravité de la situation du pays, certains nous accusent toujours d’être des politiciens. Pourtant, ce qui se passe est aussi de notre responsabilité. Nous avons laissé notre pays en pâture. Et nous critiquons tout sans accepter de nous mouiller. Préférant les épistémologies aux praxis. Ici ou à l’étranger. Nous discutons souvent avec nos compatriotes qui évoluent dans le système international et d’autres qui occupent ici des fonctions hautement stratégiques au sein de notre appareil d’Etat. Il est affligeant d’observer leurs positions critiques vis-à-vis du système dans les salons huppés de Dakar ou Paris et leurs silences calculés pour le dire publiquement. Tout ne relève pas simplement des obligations de réserve. Mais souvent aussi de la lâcheté et d’une démission généralisée qui attendent un messianisme tout aussi dangereux et conservateur.

Nous avons souvent laissé prospérer les “mauvaises herbes” en pensant que les autres élites viendront faire notre bonheur à notre place. En regardant de près ce pays, nous nous disons qu’il y’a mal donne quelque part. Bien évidemment, la question dépasse les “sursauts individuels”. Sur nos différentes pages, on peut voir la lucidité de certains grands responsables qui ont été aux affaires mais qui ont montré des décalages entre leurs critiques d’aujourd’hui et leurs pratiques managériales d’hier.

Si nous ne réglons pas la question structurelle de la gouvernance, de la reddition des comptes, de la méritocratie..même si nous faisons venir les brillants sénégalais, ils seront happés par le système et les cellules corruptrices qui sont tapies partout dans notre système social et institutionnel à commencer par nos familles, nos quartiers, nos “guides” et tous les parasites qui ont gangrené insidieusement le tissu national. Il est vrai que d’un autre côté, on ne peut pas attendre que la table soit mise pour s’inviter au festin. Il faut une révolution tranquille qui exige plus d’engagement.

Car notre pays est dans une sorte de “herding cats”. Un expression anglaise qui est une sorte de tentative de rassembler des chats. Chacun va de son côté avec ses “multiples raisons”, son nombrilisme, ses calculs carriéristes ou opportunistes, son orgueil souvent mal placé ou simplement son manque de courage ou de générosité. Et de nos salons calfeutrés, on tire sur le Sénégal.

Regardons les gens qui applaudissent les sorties de l’inspecteur Ousmane Sonko. C’est très bien, mais on est malheureusement dans le registre du “fou singulier” ou du “messie” qui a le courage de dénoncer ou de faire des contre propositions. Les réactions de sympathie contre cet inspecteur dé-rangeur d’un pouvoir qui panique vite, sont symptomatiques du messianisme social qui a finit de s’installer dans notre pays. Dans ce registre là, presque personne ne dit oublions nos égos et défendons collectivement ce bien commun.

Nous avons beaucoup de respects pour certains anciens combattants du PAI , du PIT, etc. qui avaient le courage physique de leurs convictions et même de la plupart des hauts commis de l’Etat qui sont allés à la retraite juste après avoir fini de payer toute leur vie une seule maison bien modeste. Mais le Sénégal a changé et les repères ont bougé et nous faisons tous semblant d’ignorer la société d’accaparement qui ne laisse pas de place aux chevaliers.

Presque personne n’ose retourner dans son terroir prêcher la bonne parole politique sans disposer d’une force de frappe qui provient des caisses noires et du détournement de l’action sociale et ressources censées construire le pays. Et Nafy Ngom veut épingler le directeur du COUD qui applique ce principe tacite (servir les siens). S’Il déroge à cette règle, ‘ses proches’ seraient les premiers à le clouer au pilori. Et tout le monde parle de transparence comme si nous sommes aveugles face à la matérialité paralysante de ces traits majeurs voire dominants de notre culture politique d’accaparement, de partage du gâteau au profit d’abord des siens..

Ainsi, la notion “d’utilité ” s’est pernicieusement déplacée. Regardons le score aux élections des candidats dits “sévères” (véridiques) ou juste atypiques (pas sortis en dehors des “appareils”). Ils sont presque insignifiants. Pourquoi ? C’est parce que les sénégalais ne croient jamais à un discours de vérité comme le rappelait avec constance Cheikh Anta Diop. Tout ceci nous dédouane t’il ?

ANKN

ORGANISATION DU ROYAUAME D’OUSSOUYE : MODELE ETATIQUE AJAMAAT

Abdou Ndukur Kacc Ndao, Anthropologue
Matar Ndour, Photographe
www.ndukur.com

Oussouye et son royaume. Logé au cœur du Kassa, en Basse Casamance. 17 villages le composent. A la tête du Kaii (royaume) trône le Roi Sibiloumbaye Diédhiou, appelé Aii ou Maan, sa Majesté. Survivances coloniales ? Sibiloumbaye Diédhiou, 17ieme Aii d’une longue lignée de Rois. Intronisé le 17 janvier 2000 après plusieurs années de vacance d’un pouvoir royal qui a fait les frais de la crise casamançaise. Il a remplacé Sibaakuyaan Diabone lequel a succédé à Siangebil Sambou. Les intronisations royales se passent entre les familles Diedhiou, Diabone et Sambou. A tour de rôle. Selon un rituel précis de désignation du roi appelée Kateb jàlii. Pour qu’il soit désigné, les signes doivent parler. Les initiés commis à cet effet pourront en déchiffrer le sens et le choix final porté sur le futur roi. Il sera «kidnappé » et n’aura aucun autre choix que d’accepter sa nouvelle fonction, véritable sacerdoce à vie.

Il sera reclus presque au sein de son palais royal et ne sortira que pour respecter des exigences de représentation bien codifiées au sein du royaume. Il est le chef moral et suprême d’un royaume qui lui doit respect et auquel il doit protection et assistance. Il gère ainsi le plus grand fétiche qui est celui du royaume et exerce des fonctions de prêtrise fondamentale. Il n’a pas à proprement parlé de fonctions politiques préférant s’occuper de ses fétiches et de l’organisation spirituelle du royaume. Le Roi a deux épouses Àliis Umoyi, la premiere Reine et Àgiiluyaan, la seconde Reine qui vivent toutes deux dans la maison royale à Oussouye. Ces Reines sont aussi choisies dans des familles précises et ne pourront se remarier à la mort du roi-époux. A moins que le roi-successeur pour des raisons qui lui sont propres décide de remarier les veuves de son prédécesseur. Ce fut le cas du Roi Sibaakuyaan Diabone qui avait repris les reines trop jeunes de Siangebil Sambou.

Le second direct du royaume est le détenteur du fétiche qui s’appelle Elinkinee. Puissant fétiche qui couvre tous les autres fétiches mais qui est sous la responsabilité morale du Roi. Il s’appelle Ushumbu. Il est basé à Oussouye. A la différence du Roi, il est certes une autorité sacrée, mais particulièrement accessible. En revanche, pour accéder au Roi directement et à ses quartiers, il faut en avoir les prérogatives initiatiques. Même les initiés d’un certain niveau ne peuvent pas voir directement le Roi. Ce qui n’est pas le cas du second personnage du royaume.

Ensuite viennent les différents fétiches qui sont des sortes de ministères et qui régulent l’organisation du royaume. Nous avons le Bàcïm qui est une sorte de ministère de l’intérieur. Il est géré en ce moment par Atabo et son second s’appelle Kukobibo et sont tous basés à Oussouye. Le ministère de la justice est assuré par le fétiche appelé Elunģ. Un fétiche qui recueille les confessions des meurtriers voire même ceux qui de façon fortuite ont vu un cadavre sur leur chemin. Innocents ou non, il est fait obligation aux concernés de se confesser impérativement auprès du fétiche. Sous peine de recevoir de terribles sanctions. Son détenteur s’appelle Kuyanayo et il est basé dans le village de Jiwant. Le fétiche appelé Hulem joue aussi les mêmes fonctions de purification et de confession. Le mis en cause doit s’acquitter de plusieurs offrandes en présence d’un public ouvert pour expliquer dans le détail les conditions de son meurtre.

Viennent aussi plusieurs autres fétiches qui sont des sortes de ministères au regard des rôles sociaux et mystiques qu’ils jouent. Ainsi, nous avons les fétiches de la circoncision, le Ébila notamment dédiés à l’apprentissage des interdits. Il existe des fétiches plus centrés sur “l’ouverture” et la chance. Dans ce registre, on peut noter le Hufiila, fétiche implanté souvent aux abords des concessions pour augmenter les chances. Le fétiche le Kataf, joue aussi cette fonction. On peut noter des fétiches dédiés aux protections tel que le Huben fétiche géré en particulier par les femmes. Le Hunii, est aussi un autre fétiche des femmes qui regroupe les 17 villages du royaume. Il existe des fétiches plus spécifiques tels que Kàļafum, fétiche du mariage mais aussi des forgerons, le Kuhulunģ, fétiche de déclaration de naissance et de mort.

Le royaume, c’est aussi des espaces interdits tels que les bois sacrés inaccessibles selon votre niveau d’initiation. Le Roi et les fétiches ont leurs représentants dans les différents villages du royaume. On peut observer que l’organisation du royaume est basée sur des fétiches et leurs détenteurs qui forment l’ossature politique et mystique du Kaii. Le Aii, le Roi coordonnant toutes cette complexité organisationnelle avec sa cour. Une belle preuve vivante d’une autre forme « d’Etat » qui fonctionne avec ses normes, ses codes, ses secrets, mais connus des habitants. La Casamance restera toujours un modèle pertinent d’organisation sociale inspirante et loin des mimétismes d’une modernité qui cherche son âme.

Texte : ANKN
Photo : Matar Ndour

@Projet ethno photographique, juin 2016. Signes et symboles. Entre imaginaires et réalités. Matar Ndour & ANKN

FROM TENDA TO AJAMAAT
MOFAMATI TENDA BÉÉ MOFAMATI AJAMAAT ( JOOLA )
GËR ANGOL AND TENDA XANI GËR AJAMAAT ( BASSARI )