SÉNÉGAL ET GAMBIE : HALTE AUX PYROMANES

Abdou Ndukur Kacc Ndao, socio-anthropologue, Sénégal
Dingass Diedhiou, sociologue, Canada

La république du Sénégal et la république de Gambie sont deux républiques dessinées, l’un dans l’autre, par le Congrès de Berlin il y a de cela plus de cent ans ! Deux républiques pour un même peuple aux relations tricotées serrées. Deux nations sœurs siamoises qui se séparent progressivement et dérivent, chacune, vers une direction inconnue qui les éloigne l’une de l’autre, comme deux continents qui dérivent en force vers des horizons incertains. Deux nations liées par les langues, les religions, les croyances, les valeurs, les habitudes, les habitus, les normes et les symboles qui les réunissent mais qui se défont avec le temps, petit à petit, en particulier depuis que le Sénégal a cru bon de croire qu’il pouvait aller faire le bonheur des Gambiens à la place des Gambiens en 1980 et 1981. Échec lamentable d’une aventure militaro-politique répétée qui n’a pas renforcé les liens du «mariage forcé» que le savantissime président, Léopold Sedar Senghor et, plus tard, son successeur au trône, le technocrate administrateur président Abdou Abdou-Diouf-Julukaranaïni-Le-Conquérant, ont tissé – chacun de mains de maitres – par la toile de l’invasion répétée de la Gambie par l’armée sénégalaise et, plus tard, d’une Confédération moribonde que détestaient magistralement les gambiens et que Yayah Jammeh a brutalement étouffé dans l’œuf lorsqu’il a pris le pouvoir, par un coup d’État militaire radical, le soir du 22 juillet 1994.

Moralité ? Derrière les nations et les affres de la diplomatie artificielle que portent les républiques, il y a la réalité concrète des faits concrètement vécus par les peuples en situation. Et en réalité dans nos rapports tumultueux avec la Gambie voisine, c’est que Dakar n’ose pas se fâcher avec Banjul qu’il traite constamment comme un partenaire peu commode. Même quand le président Yahya Jammeh avait ordonné l’exécution de condamnés à morts parmi lesquels figuraient deux Sénégalais bon teint, Macky Sall s’était tout simplement contenté de déclarer que «c’est avec consternation» qu’il a appris l’exécution de ses compatriotes, ajoutant mollement qu’il a été «surpris» par le «mépris des autorités gambiennes» qui auraient dû informer le Sénégal de cette sentence à mort «au moins […] par les voies» diplomatiques «appropriées».

En réalité, les enjeux qui lient les deux capitales sont énormes pour que les coups d’épées des agitateurs politiques et autres faucons du régime de Macky Sall prêchent dans le désert concernant une potentielle intervention militaire du Sénégal en Gambie. Outre la longue frontière commune qui sépare les deux pays et la Gambie qui coupe le nord du sud du Sénégal, les commerçants sénégalais font fortune au pays où ils calculent en Dalassi et contrôlent un large pan du commerce au détail et de l’industrie du taxi et de la pèche. De plus, la sympathie est grande au sud du Sénégal pour l’«homme de Kanilaï» dont le père, un vaillant guérisseur traditionnel très couru en «pays diola», a été et demeure toujours le symbole d’une ethnie Jello dont les référents et les mécanismes de solidarité traditionnelle se tissent bien au-delà des frontières artificielles héritées de la colonisation européenne. Sans compter que, depuis le naufrage du bateau «Le Joola» qui avait «enfoui» dans l’Océan atlantique près de 3.000 âmes vivantes, le 11 septembre 2002, le ferry de Farafégné est devenu le passage incontournable dans la liaison entre Dakar et la Casamance, au sud du Sénégal.

Ils peuvent huir à volonté, les faucons de Macky sall et leurs valets du jour, mais ils ne pourront absolument rien faire contre ce pays de 11.000 km2 (le Sénégal en compte 16 fois plus) qui est drôlement trop petit (moins de 2 millions d’habitants contre près de 15 millions pour le Sénégal), un pays tellement trop petit que les grandes puissances internationales ne s’intéressent presque pas au sort peu prometteur des gambiens. Si le régime de Yahya Jammeh se comporte régulièrement comme un pompier pyromane et joue constamment l’intermédiaire lors des négociations de paix avec les rebelles sécessionnistes casamançais, c’est que la Gambie du général Jammeh peut servir de puissant détonateur dans la «poudrière casamançaise» que le Sénégal peine à maitriser depuis plus de 35 ans qu’il fait face aux rebelles d’un MFDC éclaté en mille morceaux et donc peu détectables sur le terrain.

Puis, la guerre proprement dite, pourquoi la faire et pour quelle raison le Sénégal doit-il la faire en Gambie ? Et, surtout, à qui rendrait-elle service, cette guerre contre le régime de Jammeh dont les anciens «Fields forces», longtemps frileux à toute guerre, se sont muées, avec le temps et la hantise de coups d’État militaires venus de l’extérieur, en une armée de combattants aguerris et souverainement bien entrainés en Angleterre, Aux USA, en Russie et parfois à Cuba ?

Cette guerre à laquelle certains sénégalaise appellent en ce moment contre Jammeh ne peut être, nous en somme surs, rien d’autre qu’une périlleuse aventure d’un Sénégal qui se prend pour ce qu’il ne peut jamais être, c’est à dire un pays de guerriers efficaces avec, au sommet de la gloire feinte, une «armée de professionnels» qui n’a, en vérité, que peu de victoires et de gloire à étaler à la face du monde et qui a sans doute compris, elle en particulier, que «la guerre, ce n’est pas bon».

Il reste maintenant les agitateurs politiciens confortablement vautrés dans les fauteuils moelleux de leurs salons glacés à Dakar et dont certains, pris d’ivresse coupable le jour de leur anniversaire, attisent le feu et incitent à la guerre contre la Gambie. Ces gens-là doivent se remémorer les aventures consécutives de l’armée sénégalaise en Gambie lors de l’Opération Fodé Kaba 1 entreprise par le président Léopold Sedar Senghor alors au crépuscule de son pouvoir chancelant. Ni à l’issue de cette opération, ni à l’issue de l’Opération Fodé Kaba 2 en 1981 destinée à chasser les putschistes gambiens du palais présidentiel toujours tenu à l’époque par l’impotent président gambien Daouda Kaïraba Diawara, ni enfin l’opération militaire du Sénégal en Guinée Bissau destinée à protéger le président Joao Bernardo Vieira alors menacé par un coup d’État militaire en 1998, aucune de ces aventures périlleuses n’a empêché la chute de ces chefs d’État impotents et corrompus que l’armée nationale sénégalaise était allée sauver de l’inévitable noyade dans les eaux tumultueuses du Fleuve Gambie et des bolongs troubles des iles Bijagos en Guinée-Bissau.

Au contraire, toutes ces aventures belliqueuses entreprises par notre armée nationale, au nom de notre peuple, se sont soldées par des échecs mats; échecs au sens où, à long terme en Gambie, Daouda Diawara a fini par être définitivement chassé du pouvoir le 22 juillet 1994 par Jammeh himself et Nino Vieira a fini, lui aussi, par se faire décapiter le lundi 2 mars 2009 au terme d’un coup d’État sanglant contre lequel, comme précédemment en Gambie, le Sénégal est resté ahuri, bouche bée et impuissant face aux réalités politico-militaires complexes de pays qui n’avaient pas besoin du tout de lui pour écrire leur propre histoire.

Alors, questions, cher(e)s ami(e)s : devrait-on aujourd’hui, dans une insouciance coupable d’un peuple qui doit commencer par balayer autour de sa propre porte, recommencer l’aventure en Gambie, contre Yayah Jammeh ? Ceux qui y pensent sincèrement ont tout simplement la mémoire courte et doivent être dénoncés, sur toutes les tribunes, comme des pyromanes endiablés qui noient leurs angoisses collectives dans la recherche effrénée de bouc-émissaires aux dures réalités de la vie quotidienne.

ANKN & Dingass Diédhiou

ADRESSE SECURITAIRE A LA NATION ET VIOLENCE ÉTATIQUE EN CASAMANCE : LE REVERS D’UNE INTELLIGENCE PACIFIQUE

 

Akandijack, Dr. Pape Chérif Bertrand Bassène

Que son Excellence Monsieur (SEM) Macky Sall puisse affirmer dans son adresse à la Nation “que la célébration du 56e anniversaire de notre souveraineté internationale est à l’honneur de nos Forces de défense et de sécurité”, en qui il reconnait “le sens de l’honneur, du professionnalisme et du dévouement en toute circonstance”, cela est en soit une belle tradition républicaine.

Que “le thème de la fête de l’indépendance de cette année, porte sur les forces de défense et de sécurité face aux défis sécuritaires” dans un contexte mondial et sous régional marqué par la multiplication des menaces ; ce fait est d’une logique imparable.

Mais comme il le rappelle si justement que, ” nous vivons, en effet, une situation inédite, qui appelle de chacun de nous un comportement citoyen et une vigilance plus accrue. Et que ces défis engagent, bien sûr, l’Etat, dont l’obligation première est d’assurer notre sécurité collective.” Cela nous parait trop dissimulé, voire même discriminatoire quand on sait qu’au sud du pays existe la menace d’une insécurité avec effet de domino.

Vous conviendrez d’abord avec nous, que les concepts d’analyse stratégique sont à l’image de la mode moderne, plus ils sont dénudés, plus ils attirent. Ainsi quand dans son discours à la Nation, le Président Macky Sall se félicite, d’avoir “entrepris de renforcer les moyens humains et matériels de nos Forces de défense et de sécurité afin que leurs capacités opérationnelles soient à la hauteur des défis nouveaux”, on se demande si ces défis sécuritaires nouveaux n’habillent que la lutte contre le terrorisme.

En d’autres termes, reconnaitre une certaine intelligence pacifique au président Macky Sall est un fait – il suffit de voir ce qui se passe en Casamance – sauf que les limites trop exclusives de sa politique sécuritaire telle qu’elle nous apparait ces derniers jours, ne va pas dans le sens de rassurer les Casamançais. Tel est l’esprit du débat que nous vous proposons, c’est-à-dire la sécurité des Casamançais face aux nouveaux défis de l’Etat et de l’armée.

Quand l’intelligence pacifique rassure malgré la fanfaronnade militaire

Le premier discours à la Nation de SEM Macky Sall à la veille d’une célébration de notre accession à la souveraineté internationale date du 3 avril 2012. Il y soutenait que, la question de la paix en Casamance, ” constituait l’une des premières priorités nationales”. Allant plus loin dans son propos, il précisait qu’il allait aborder “cette douloureuse question avec prudence et lucidité,  dans un esprit d’écoute et d’ouverture”.

Une année plus tard, le 3 avril 2013, il pouvait révéler devant les Sénégalais, qu’il poursuivait de manière résolue les négociations pour que la paix revienne. C’est ainsi qu’en 2014, il était question de désormais aller vers l’accompagnement de la dynamique de paix qui profilait en Casamance.

En 2015 comme en 2016, eu égard aux ” mutations profondes dans le monde et des nouveaux paradigmes sécuritaires de notre environnement immédiat”, le Président s’est plus intéressé au “facteur de stabilité sociale du militaire et de renforcement de la quiétude d’esprit indispensable au succès de son engagement” pour la sécurité au plan international.

Dans une certaine mesure et en tenant compte de la situation chez nos voisins, nous pouvons lui concéder le fait que le terrorisme est devenu un phénomène internationalisé qu’il faut comprendre. Et ce d’autant plus que, sur le plan interne nous constatons le silence des armes. Il faut ici, rappeler l’excellent travail de l’ambassadeur Mark Boulware qui avait fini de démontrer que la crise de la République du Sénégal en Casamance ne saurait être associée à quelque sorte que ce soit de terrorisme. La solution à cette crise étant plus politique que militaire.

En faisant sienne ces recommandations données par les Etats-Unis, l’Etat du Sénégal pouvait alors avec l’aide des mêmes Américains s’atteler à trouver des réponses politiques à la crise casamançaise. En concomitance, l’armée nationale pouvait se lancer de nouveaux défis sécuritaires avec le soutien nécessaire en termes de capacités opérationnelles pour répondre aux exigences de son engagement à l’international.

Cette démarche revêt une logique sous-jacente, en ce sens qu’il ne saurait être question d’exclure en pensée le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) de l’exigence d’une ‘vigilance plus accrue’ face au défi de notre sécurité collective. Comme elle exige aussi de la part du Président une ligne discursive diplomatique “prudente et lucide”, pour éviter qu’une politique de “renforcement matériels de nos Forces de défense et de sécurité” ne soit amalgamée au contexte local.

Conséquemment, il ne restait à SEM Macky Sall que l’option d’une intelligence pacifique. Car les conflits armés dans nos contrées n’ont jamais créé de héros nationaux, mais des hommes passibles de poursuites judiciaires par la CPI. Nous le soulignions depuis 2011, dans une lettre adressée au Président Abdoulaye Wade alors en exercice, que “plusieurs facteurs indiquent clairement que la supériorité technique militaire ne sera plus le monopole des armées nationales, mais qu’elle va être indifféremment équilibrée et souvent aux mains de seigneurs de guerre qui défendent des causes loin de cadrer avec les aspirations légitimes de nos peuples” (voir dans Histoire authentique de la Casamance, 2011).

Il est révolu, le temps où avait régné en Casamance une sorte de despotisme des armes encouragé par une certaine élite militaro-politique qui croyait que les concepts hérités du pouvoir colonial étaient encore applicables aux populations casamançaises. C’est-à-dire, que c’est par la force qu’il fallait résoudre la crise Casamançaise. D’ailleurs, certains compatriotes continuent toujours à croire au rapport de force ; et voient dans le défilé du 4 avril une occasion de ragaillardir leurs vieilles passions d’écraser la Casamance et ses rebelles.

Mais ne nous éloignons pas des aspirations de SEM Macky Sall, qui nous invite “tous sans exception et dans notre diversité à rester fortement attaché à la sécurité”. Ce but est d’abord un effort interne qui est exigé à l’armée comme au MFDC qui doivent savoir que les populations casamançaises attendent beaucoup d’eux, qu’ils s’imprègnent des préoccupations civiles, et essaient d’apporter chacun à son niveau une modeste contribution pour cette sécurité collective.

Telle est l’intelligence pacifique qui transparaissait dans le discours du 3 avril 2016 du Président de la République SEM Macky Sall.

A propos des potentiels critiques de ce discours

 Reconnaitre une intelligence pacifique à SEM Macky Sall, n’empêche pas de prendre en compte les interrogations des Sénégalais par rapport à l’absence de la problématique de la Paix lors de son adresse à la Nation.

A notre niveau, il s’agit d’avancer un constat. Il nous semble qu’on peut parler de rupture dans la démarche du président Macky Sall et cette rupture est d’abord discursive. Parce qu’il cherche à agir dans “la prudence et la lucidité” – après une période d’actions contestables de l’Etat qui pouvaient laisser parler de période de soupçon, de colère et de honte – SEM Macky a ainsi abandonné tout discours guerrier quand il évoque la question casamançaise.

En contrepartie, ce sont ses pouvoirs étendus en sa qualité de “garant de l’intégrité territoriale”, de chef suprême des armées qu’il met à l’avant. Sans nier pour autant, à cette armée et à ses anciens combattants cette responsabilité de l’action, son devoir de défense du territoire.

Aussi, une telle démarche va-t-elle dans le sens de protéger le caractère embryonnaire du processus de paix en Casamance. Dès lors, son omission constatée dans un discours à la Nation lié aux nouveaux défis sécuritaires et mettant en valeur l’aptitude de nos forces armées à faire face auxdits défis, permet de rompre avec la fanfaronnade guerrière.

En reparlant donc d’intelligence pacifique, nous pouvons ajouter, la disposition de SEM Macky Sall à faire des pas vers la paix et dans le respect de l’autre, l’apaisement des ressentiments et la suppression des ferments de la conflictualité. Nous soupçonnons chez lui, une inébranlable persévérance pour la paix, laissant penser qu’il exige de l’armée sénégalaise le devoir de mettre son énergie morale au service de cette paix chez nous comme ailleurs.

Et notre souhait qui voudrait accompagner son action politique, si elle est sincère en Casamance, est que demain, cette armée puisse entamer sous son magistère un processus de réconciliation avec les populations casamançaises à travers par exemple : la renaissance des digues de rizières dans nos villages avec le génie militaire (voir le prochain rapport du Forum sur le développement de la Commune d’Enampore organisé les 11, 12, 13 mars 2016).

Le revers de la médaille

 Nous avons remis au Président Macky Sall une médaille de l’intelligence pacifique, certes. Mais comme toute médaille, elle a son revers.

SEM Macky Sall semble oublier que ce n’est pas par la simple grâce du Saint-Esprit qu’il est devenu le laboureur de la paix en Casamance. D’abord, il existe de solides fondements pacifiques chez les Casamançais, et sur lesquels se basera toujours le processus de paix.

Ensuite, nombreux sont les Sénégalais en général et les Casamançais en particulier qui ont entamé la production de réflexions qui vont dans le sens de libérer la parole de la frustration en Casamance. C’est d’ailleurs dans ce sens que nous avons compris la mise en place du Groupe de Réflexion pour la paix en Casamance (GRPC) par initiative du Président Macky himself.

Le GRPC coordonné par M. Robert Sagna, fait appel à d’éminentes personnalités qui ont une grande connaissance des problématiques de la paix à l’image de Pierre Sané ancien sous-directeur de l’UNESCO et Secrétaire Général d’Amnesty International. Le Fondateur d’Imagine Africa International a aussi animé avec nous, une conférence pour la Paix en Casamance en décembre 2015.

L’appel à l’existence du GRPC, parce que voulu par le Président Macky Sall et soutenu par M. Robert Sagna, avait fini de nous convaincre que la paix en Casamance n’est pas l’apanage de l’Etat. Que pour transformer 30 ans de conflit en une nouvelle ère pacifique, à la fois l’Etat et les fils de la Casamance en premier, doivent s’entendre pour cultiver le respect de la dignité inhérente à la sécurité humaine des Casamançais.

Et quand nous parlons de sécurité, nous ne nous limitons pas à la lutte contre le terrorisme. La signification de la notion de sécurité qui nous préoccupe en Casamance englobe de manière conceptuelle, la sécurité – personnelle, économique, alimentaire, sanitaire, environnementale et politique – des Casamançais contre la violence étatique.

Il y a bel et bien une violence étatique en Casamance et c’est la raison pour laquelle, des gens comme nous se sont mobilisés pour faire comprendre à nos populations que voter OUI, c’est aussi donner la possibilité aux fils de la Casamance d’être présents au sein de l’Etat ;: que soutenir les réformes de SEM Macky Sall allait permettre la constitutionnalisation de la décentralisation (ACTE III) qui faisait de la Casamance un Territoire Test.

Alors, en nous appropriant la notion de sécurité en rapport avec la Casamance qui nous permet de parler de violence de l’Etat contre les Casamançais, nous espérons qu’après plus de deux mois d’absence de liberté de circuler (personnes, marchandises, …) en Casamance, SEM Macky Sall prendra bientôt les mesures nécessaires pour soulager nos populations.

Nous croyons que deux semaines après le référendum, la Casamance mérite une récompense autre que, celle qui fait qu’aujourd’hui :

  • Le Territoire de Casamance est devenu encore plus éloignée du Sénégal ;
  • En conséquence, que ledit Territoire Test de Casamance soit la destination la plus onéreuse au Sénégal (5000 CFA pour un voyage d’au moins 15 heures avec minimum de confort ou entre 12.500 CFA et 30.500 CFA pour une cabine dans le bateau ; par la route les prix dans la fourchette de 12500 à 20000 CFA frisent l’arnaque ; tandis que par avion, il faut voir entre 65000 et 70000 CFA) ;
  • Quid sur les marchandises, les frontières gambiennes étant fermées, le transit de celles-ci ne se trouve-t-il bloqué, les denrées de première nécessité ne commencent-elles pas à se raréfier en Casamance ce qui impliquerait une hausse certaine des prix ?

Ajoutons que cette situation ne concerne pas que la Casamance, la Guinée-Bissau pays vers lequel la Gambie réexporte aussi ses marchandises se voit ainsi concernée. En croyant donc que l’on est dans un rapport de force avec la Gambie uniquement, nous produisons un effet domino dans tout le sud du Sénégal, le Pays Ajamaat.

Voilà pourquoi, nous parlons de revers de la médaille. Car la lutte contre l’insécurité n’est pas seulement une affaire d’armement et de protection militaire. Nul dans nos pays africains, ne peut espérer gagner la bataille contre l’insécurité quand il condamne une partie de ses populations à vivre dans l’insécurité économique, alimentaire,…et politique.

Les Casamançais veulent aujourd’hui plus que jamais, la stabilité, l’accès et la disponibilité des aliments et SEM Macky doit le savoir. Qu’il ne se laisse pas piéger par ces gens qui nourrissent la rivalité patriotique entre nos deux (voire trois) pays limitrophes. Car nous allons inéluctablement mettre en danger nos propres populations. Et contrairement à une certaine propagande mensongère, ni la Gambie, ni la Guinée-Bissau ne seront là pour en porter la responsabilité entière !

En guise de conseil

Monsieur le Président, la victoire du OUI en Casamance a été le fruit d’un dur labeur accompli par ceux à qui vous avez confié la responsabilité. Or, sur les trois régions qui constituent le Territoire de Casamance, deux ont accepté d’entériner le bien-fondé de la révision constitutionnelle.

La moyenne Casamance, haut lieu de la culture mandingue, vous a sanctionné. Mais prenez cela comme une mise en garde de la Casamance entière, d’autant plus qu’elle revendique son rattachement à Ziguinchor. Ziguinchor, où n’eut été l’humilité de votre Secrétaire National chargé des élections de l’APR et la sagesse du coordonnateur de Benno Bokk Yakaar, la victoire aurait été compromise.

S’y ajoute que, Monsieur le Président, vous y avez cautionné une certaine rivalité que nous ne cessons de combattre parce que nous voulons une élite politique casamançaise unie. Cautionner, c’est le cas de le dire, parce que votre silence face aux agissements de certains de vos poulains politiques – que nous soupçonnons d’être animés par un sentiment d’affinité ethnique avec vous, qui leur donnerait un droit à une irrévérence envers des leaders comme M. Robert Sagna ; et qui vont même jusqu’à insulter la grandeur morale des Casamançais –  ; nous disions donc que votre silence, risque d’être lourd de conséquences pour votre formation si cela continue.

Certes, dans le Kolda, la Casamance a fait la démonstration effective de son adhésion à vos réformes. Nonobstant ce beau témoignage du Fouladou, votre temps de réaction à l’alerte donnée au risque d’être pris pour du laxisme, consoliderait les doutes d’une majorité casamançaise qui soupçonne une répétition de l’histoire.

Dès lors, en espérant que vous sauriez toujours garder en mémoire cette nécessité d’historiciser la Casamance avant toute action politique, et au regard de la situation actuelle (effet domino dans le sud), nous vous prions de vite changer de Cap et surtout de revoir au plan national votre Etat-major ministériel ; si bien sûr vous avez toujours le souci de la paix en Casamance comme vous nous l’aviez promis.

Au service de la bonne cause,

Akandijack, Dr. Pape Chérif Bertrand Bassène