LES JALONS MULTIPLES D’UN DÉBAT NATIONAL

On pourrait penser que Goorgorlu  est vraiment en phase avec l’opposition de Ndoumbélaan.  Même si aucune radio ne lui tend son micro, même si toutes les télévisions boudent sa silhouette trop familière, il est présent à tous les coins de rue, sur les grand ‘places et prolonge à sa manière le cri de guerre de l’opposition : « que le Gladiateur respecte ses engagements électoraux ! ». Ce n’est pourtant là qu’une simple coïncidence, car pour les deux camps, les mots ne veulent pas dire la même chose.

La baisse des prix des produits pétroliers que rend possible une conjoncture internationale franchement favorable, mais pourtant longtemps différée, commence à perler comme un cadeau né de la bonne volonté du Gladiateur d’alléger les souffrances de ses sujets. Mais cette magnanimité ne concerne pas du tout Goorgorlu et les siens.  Il n’a pas de voiture, se tape à pieds les dizaines de kilomètres pour se rendre de la banlieue au centre des affaires et sa douce Jeeg en est encore au carton et au bois pour cuire ses maigres repas.

Sans être un académicien, Goorgorlu instruit par l’expérience sait que l’alternance ne signifie pas, et vraiment pas du tout le changement. Il en a traversé deux sans réellement apercevoir le bout de son long tunnel. Il se moque donc de la durée du mandat du Gladiateur et de son éventuel successeur. Ce qui l’intéresse c’est sa DQ. Au moins là, il peut parler de promesses non tenues. Et en parlant de respect des promesses, il ne s’adresse pas exclusivement au Gladiateur. Tous ces messieurs à quatre épingles qui se crêpent le chignon sur les plateaux audiovisuels et à l’hémicycle pour quelques maroquins et des CFA de plus, lui avaient fait aussi des promesses longtemps après celles du Gladiateur.

L’envie de porter plainte pour usurpation de fonction lui taraude d’ailleurs l’esprit chaque fois qu’il les entend prétendre parler en son nom. Mais il n’a malheureusement pas la possibilité de se payer un avocat… ou un juge, parce que certaines mauvaises langues de Ndoumbélaan prétendent que c’est la même chose. Laissons-les seuls assumer leurs propos, car ici les présumés auteurs de diffamation et leurs complices ou considérés comme tels, sont traités comme des assassins de princes héritiers. Or à Ndoumbélaan, on ne juge plus, on ne condamne pas les auteurs et complices de diffamations. On les punit simplement en les jetant au cachot pour dissuader d’autres « arrogants » avant de les élargir sous le prétexte d’une « liberté conditionnelle ». C’est-à-dire la possibilité de regagner les rangs dans un royaume où la liberté tout court est devenue une exception. La « liberté conditionnelle » sous l’alternance II est en effet la chose la plus partagée par tous les sujets de sa majesté y compris les membres de sa dynastie de plus en plus impliqués dans des affaires qui sèment un doute (raisonnable ou non), et dont la durée du mandat en question semble la seule distance légale et illégitime qui les sépare de l’hôtel de la corniche. Sous cet angle d’ailleurs, le rejeton de l’Empereur déchu, crédité unilatéralement le plus intelligent du royaume par son géniteur, puis reconnu par la justice comme le plus grand prédateur de ressources publiques serait un conseiller à leur recommander.

En publiant le contenu et les échéances de « son référendum » en dix neuf points et demi, un des points ayant été amputé par l’avis consultatif-délibératif d’un conseil de sages jamais en phase avec le peuple, le Gladiateur reste fidèle à sa logique de pouvoir. N’avait-il pas déclaré depuis le lointain pays du Grand Timonier, qu’il n’était pas lié par les Assises et encore moins par la CNRI dont il tirerait ce qu’il jugera à son goût ?

Ceux qui pensent qu’il, s’est dédit en excluant toute idée de réduire son mandat ont peut être raison. N’est ce pas lui qui avait répondu à ceux qui l’accusaient de violer la loi en abusant des marchés publics, que les électeurs ne lui demanderont pas s’il a respecté la loi ? Ce « maa tey » du premier magistrat qui a pourtant la liberté de proposer une modification des textes pour les rendre plus performants, était passée sous l’indifférence quasi générale. La référence à la loi pour ne pas réduire son mandat peut apparaitre donc aujourd’hui un comme un simple prétexte politicien. Si le Gladiateur tient à nous rassurer sur une candidature éventuelle et probable à un « troisième-deuxième » mandat en précisant que le décompte des deux mandats légaux commence bien par celui qu’il exerce actuellement, il ne rassure pas pour autant. Ce n’est encore là que son avis ou sa volonté tel qu’il l’avait exprimé durant sa première campagne, que peut venir infirmer un avis consultatif- délibératif d’un conseil (peut être à sept sages) trop à l’aise dans sa loge pour souhaiter des changements.

Comment faire comprendre à Goorgorlu, que le Gladiateur puisse changer tout l’environnement juridique, constitutionnel et institutionnel de son mandat en cours à l’exception de la durée de son séjour au palais. On comprendrait peut être mieux, si les sages nous disaient qu’aucune réforme ne peut s’appliquer sur le mandat en cours. Reconnaissons que « ce latin constitutionnel à valeur biblique » dépasse vraiment notre simple logique. En tout les cas, il a semble t-il déçu bon nombre de citoyens à Ndoumbélaan.

Peut-il pour autant fédérer autour du « NON », cet ensemble hétéroclite d’acteurs déçus apparemment sans liens politique et social entre eux et parmi lesquels on peut citer sans être exhaustif :

  • D’abord les déchus, déçus par le report d’une confrontation qu’ils croyaient à brève échéance, dans l’espoir de mettre un terme à la traque de plus en plus pesante de milliards mal acquis sous le règne de l’Empereur,
  • Les déçus ensuite, qu’une naïveté politique et ou un appétit d’avantages avaient amenés à accompagner le Gladiateur sans jamais lui rappeler les termes de référence de sa mission, et plus simplement les missions attendues de son mandat,
  • En fin les déçus qui croyaient paradoxalement encore qu’un homme de droite pouvait appliquer leurs rêves de politique de gauche qu’ils ont portée en bandoulière des décennies durant.

La question est de savoir si le « référendum du Gladiateur » pose le débat sur les nécessaires changements que Goorgorlu appelle de tous ses vœux ou s’il ne lui impose pas simplement de se prononcer sur des questions très loin de ses préoccupations. Sur ce chapitre, notre héros national constitue un camp de déçus certainement majoritaire. Il est déçu par le Gladiateur mais aussi par les déçus toutes tendances confondues. En effet, aussi bien du coté du pouvoir que de l’opposition, le débat en gestation autour de ce scrutin de trop semble se focaliser  sur le « demi-point » en mettant en sourdine les dix neuf autres : la réduction hic et nunc du mandat en cours.

La conception très personnelle du pouvoir que le Gladiateur tente de faire adopter par les sujets de Ndoumbélaan, passe sous silence les riches débats populaires issus des Assises Nationales et les recommandations de la CNRI qu’il avait lui-même initiées. Ses partisans ne se prononcent pas sur la pertinence des différents articles évoqués et se contentent jusqu’ici de menaces à peine voilées comme pour nous faire avaler une pullule amère en disant : « Voter « NON » c’est maintenir le prochain mandat à sept ans ». L’opposition quant à elle se refuse à lire la suite du document, considérant sans objet toute réforme qui n’obligerait pas le Gladiateur à mettre en compétition son trône avant terme. C’est oublier que c’est pourtant à l’initiative de l’Empereur, donc avec la bienveillance de la majorité d’entre eux, et en toute illégalité que cette durée intouchable en dehors d’un référendum, a été modifiée par un collège de députés.

Entre la hantise de voir un nouvel arrivant par défaut, élire domicile au palais pour sept longues années en votant « NON », l’envie de ne pas se prononcer et celle de dire « OUI », Goorgorlu vit un dilemme cornélien loin des préoccupations des acteurs en compétition. En initiant ce référendum insensé, le Gladiateur n’a pas fait qu’enfanter du plus grand commun diviseur de ses sujets. Il vient aussi d’engendrer un monstre en compétition contre lui et son pouvoir. On peut déjà prédire que ce référendum est le coup d’envoi d’un duel fatal dont aucun des protagonistes ne survivra à l’autre quelle que soit par ailleurs l’issue immédiat du combat.

Qu’il s’agisse d’un « OUI » ou d’un « NON » quelles qu’en soient les proportions, les résultats de  ce scrutin ne seront jamais rien d’autre qu’un avis éphémère (de ceux qui auront envie d’y prendre part), sur la conception très personnelle du pouvoir par le Gladiateur en attendant l’incontournable débat de fonds sur la question  des institutions à Ndoumbélaan. N’est-ce pas cette liberté que lui laisse une constitution anachronique à faire ce qu’il veut qui a motivé la mobilisation du Peuple des Assises ? Eternels optimistes, nous sommes donc fondés à croire que « le référendum du Gladiateur » ne peut que différer les CNRI, mais échouera dans sa tentative d’enterrer les immenses aspirations du peuple des Assises.

BANDIA, Février 2016

 

 

CHEIKH ANTA DIOP ENTRE DÉVOTION, DÉVIANCE ET DÉFIS

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

7 février 2016. Un jour commémoratif. En l’honneur de Cheikh Anta Diop (CAD). Grand “pharaon du savoir” . Les titres ne manquent pas pour célébrer ce savant africain et précurseur ayant tant apporté à l’Afrique et aux africains. Un moment aussi pour interroger un lourd héritage politique et scientifique du savant ayant travaillé dans des conditions très difficiles et dans sa phase de recherche et dans celle de l’affirmation. Cette semaine, en voyant les militants du RND faire leur AG avec sur les affiches le Pr Cheikh Anta Diop, nous nous sommes demandés comment ils continuent de gérer son lègue politique et scientifique. On semble s’en tenir à l’image à défaut d’avoir fait avancer le contenu. En analysant les acteurs en jeu dans cette bataille de légitimité, nous semblons avoir d’un côté des “idéologues” qui pour l’essentiel simplifient le fonds de sa pensée en le réduisant à promotion de la langue. D’un autre des “héritiers” politiques qui ont enterré le combat panafricaniste et qui ont accepté des compromissions au point de s’allier aux anciens UPS – PS (et sa tentacule libérale). L’impression qui se dégage est que ceux qui maintiennent la flamme sont en dehors de notre grand Sénégal

Ces idéologues et héritiers auraient pu avoir en 2016 un large front panafricaniste et nationaliste pour faire bloc contre les assauts des héritiers de Senghor celui qui posera tous et tous les actes devant étouffer et sa pensée scientifique et son expression politique. En réalité, Cheikh ne voulait pas créer un “parti” mais plutôt des “fronts” solides et vastes, des rassemblements et des blocs. Il suffit pour s’en convaincre de regarder la dénomination et la composition de toutes les cellules politiques initiées. L’éclatement du RND à la mort de Cheikh montre aussi les limites d’une convergence politique centrée sur le leader charismatique. Ceci mérite une profonde réflexion sereine au sein des partis qui fonctionnent presque sur ce même modèle messianique. De toute façon, les sénégalais aiment et attendent toujours le messie, une formule pour se décharger de leurs propres responsabilités.

Que retenir en 2016 de Cheikh Anta ? On peut déjà se souvenir qu’il a refusé l’exil (scientifique) et l’entrisme sur la pointe des pieds et l’exil doré comme forme prédominante de leur action politique. Cheikh a aussi accepté la “pauvreté” dans une grande dignité à l’image d’autres leaders de la gauche morts dans le dénuement total et l’indifférence générale. CAD aimait rappeler un point important. L’intellectualité ne va pas sans engagement politique et moral. Il insistait beaucoup sur l’éthique. D’ailleurs c’est de la que vient le sigle de l’aigle du RND. L’aigle ne mange pas de charogne. Il a toujours voulu être cohérent avec ses principes et dans son esprit et dans ses actions. Malheureusement, aujourd’hui, on nous exhibe un principe terrible. L’ubiquité : on peut ainsi être un intellectuel de haute facture, et être tortueux sur le plan politique. La posture intellectuelle doit éclairer la position politique. De plus en plus c’est le contraire. Il n’est pas étonnant, dans ces circonstances que nos icônes intellectuelles “tombent” et entrent dans un discrédit généralisé et définitivement scellé. La boutade de CAD en wolof résume ce chaos moral : ” Le sénégalais est tellement habitué aux tromperies que si tu les convies à un projet limpide et transparent ils n’y adhèrent pas”.

Au-delà de cette ténacité, que reste-t-il réellement de son héritage? Ou sont nos égyptologues ? Qu’est devenu le labo de carbone 14 monté pièce par pièce par lui-même ? Quelle œuvre magistrale peut-on osé citer ou écrit par un sénégalais depuis la mort de CAD ? Au-delà des étudiants qui ayant repris ses thèses ? En plus de toutes les questions terribles qui secouent l’Afrique : la question énergétique, les frontières, les ethnies, l’ingérence étrangère, la question culturelle, etc. Où sont les produits des Cheikh Antaistes ? Heureusement qu’aujourd’hui, on voit des lueurs au Maroc sur la question énergétique qui va installer la plus grande centrale solaire du monde dans le désert. Ou en sommes-nous au Sénégal et plus globalement en Afrique ? En réalité, nous avons souvent “fossilisé ” sa pensée alors qu’il fallait partir de l’esprit de son combat pour le continent Valoriser le symbole d’un homme très tenace qui voulait trouver des solutions endogènes et qui voulait montrer que l’Afrique avait une légitimité historique pour réclamer une place et une voie tel devait être la grande cause de ceux qui prétendent perpétuer son œuvre. Ainsi le mimétisme a pris le dessus sur une approche plus intelligente et contextualisée de la pensée d’un Cheikh qui a toujours mis en garde contre les essentialismes. Beaucoup se sont comportés et se comportent encore comme des “talibés” restituant mimétiquement une pensée pourtant très féconde à achever. Cette tétanisation intellectuelle a plombé les élites panafricanistes qui se sont progressivement recroquevillées sur sa pensée en créant des espaces communautaristes où la critique même constructive n’est pas admise

Sans partager nécessairement les idées de Jean Paul Pougala, il est intéressant de rappeler ce qu’il dit dans ses Chroniques acerbes pour fouetter nos certitudes. Dans une démarche ironique il note :

” Cela a-t-il un sens pour la Grèce d’aujourd’hui de passer son temps à revendiquer la paternité de la démocratie si elle croule sous les dettes et ce sont les financiers des marchés boursiers à gérer de fait le pays? De même, quel sens cela a-t-il pour les intellectuels africains de magnifier les pyramides de l’Egypte antique pour ensuite aller mendier la construction d’une minable salle de classe dans le Sahel”.

Pougala pousse encore plus loin l’ironie en montrant qu’en réalité nos références sont européennes. Notre diplomatie, notre système de corruption, nos programmes scolaires, nos horaires de travail, nos repos hebdomadaire judéo-chrétiens sont tous européens. Certains objecteront qu’il n’est pas une référence et qu’il est même un comédien. Soit ! Cependant, il met à nue ces formes de “tétanisation” qui ont “fossilisé” notamment la pensée de Cheikh qui restera un homme ayant eu le courage intellectuel, et l’audace politique de porter, le grand projet des nations d’Afrique.

En ce jour anniversaire de la mort de Cheikh, le meilleur hommage que nous pouvons lui rendre est de contextualiser ses travaux. Ces héritiers n’ont plus le droit de poursuivre cette révolue posture mimétique alors qu’ils ont un boulevard pour produire des ouvrages de références contextualisés. Répéter depuis des décennies ce que Cheikh a dit dans des formules et slogans désuets, c’est sans doute poursuivre une œuvre de discrédit d’une posture intellectuelle dynamique de Cheikh qui n’a jamais été dogmatique. Alors se re-posent des questions de fonds : comment transformer les certitudes/postures scientifiques en projet politique mobilisateur ? Le discours n’est-il pas resté trop ésotérique ? Quelle solution, car cette notion est absolument importante ? A ce grand fils de l’Afrique, il devait revenir à chacun de se poser la grande question de perpétuation de son œuvre afin que, il revienne aux générations futures ce dont il a rêvé jusqu’à son dernier souffle : Une grande Afrique politiquement et économiquement libre et unie. Ainsi, il se reposera.

ANKN

FRANÇOIS SOUDAN, VOUS AVEZ TOUT FAUX !

 Babacar MBOUP

Belel Consuling

bmboup2002@yahoo.com

Après avoir fait accepter vos regrets par « les responsables de la confrérie des mourides, son khalife général en tête », vous vous êtes néanmoins lancé dans une opération de communication qui a eu le malheur de caricaturer, cette-fois-ci, les talibés qui seraient, selon vous,  victimes de leur mauvaise perception  sur les « intentions »  de votre dessinateur Damien GLEZ. Ils seraient emportés, dans leurs réactions, par leurs sentiments. Mais, vous semblez ignorer que dans  cette Afrique qui n’est plus jeune parce que mature, les nègres que nous sommes, savons user autant de la raison que de l’émotion.  Et, c’est sous ce registre qu’il apparaît que vous avez tout faux, M. SOUDAN !

Vous avez délibérément trafiqué la « thématique centrale »  de l’article litigieux, qui  porte en réalité sur « un délit de port de sac » : « Polémique autour d’un sac de femme arboré par Waly Seck.  L’acte de mode posé par l’artiste sénégalais est perçu comme un manifeste homophile. Ce qui ne saurait être toléré au pays de la Teranga. »  Et la trame de votre article était bâtie autour de la défense du «sac féminin»,  objet, à votre étonnement, de vindicte populaire puisque n’étant pas  « farci de drogue ou de petites coupures transportées pour le compte d’un ponte corrompu… Que nenni ! »

C’est clair comme l’eau de roche que vous avez voulu enrober d’une couche « vénielle »  le « péché » associé au « sac féminin ». Et, nulle part dans ce texte, il n’est fait mention de « Serigne Touba » et encore moins  de « dénonciation de « la bêtise de ceux qui ne font pas la différence entre un caftan et une robe, avec toutes les déductions faciles et infondées qui pourraient en découler »  comme vous en faites état dans votre article.  D’ailleurs, personne n’a jamais confondu le « caftan «  du cheikh à une « robe ».  La  véritable « bêtise »  provient de cette « invention » de votre caricaturiste consistant à les assimiler par le fait d’un personnage  dont on ne sait la nationalité et n’ayant pas, en tout cas, les traits d’un « jeune africain ». Suprême provocation, il avait l’insulte, pardon, le cigare à la bouche ; et, nous savons tous que Touba ne rime pas avec tabac!

C’est le fait d’avoir invité le Cheikh comme autorité d’argument dans un mise en dérision de l’homopobie au Sénégal qui pose problème. Et, c’est Jean Meissa Diop,  un professionnel de la communication  comme vous et qu’on ne peut taxer de «mouride fanatisé » qui a soulevé le lièvre dans son  « Avis d’inexpert » : «passés l’impair et les excuses présentées par Jeuneafrique.com, cet organe de presse ferait bien d’expliquer comment un sac de Waly a pu aboutir à  un boubou devenu robe. Rien que cela. »  Et pour masquer les « desseins inavoués » de votre « dessin »,  vous ne serez jamais prêts à lui fournir une réponse. Il nous est donc revenu d’en chercher l’explication afin que nulle n’en ignore !

Notre principale source reste votre rédactrice en chef numérique, Elise COLETTE quand elle avoue qu’il s’agit d’«une simple analogie humoristique avec l’« affaire Waly Seck,». Or, la caricature ne saurait être « simple » en tant que forme d’expression charriant du contenu et distillant du sens. Et la démarche analogique trouve par « association » des points de ressemblance facilitant les opérations mentales d’assimilation et de transfert par la vertu d’un formalisme structurant. Et dans ce cas-ci, elle est convoquée du fait de son potentiel argumentatif dans un  plaidoyer en faveur du « sac féminin ». En fin de compte, le message global se résume ainsi : le sac est à Wally,  ce que la robe est à Bamba !  L’étonnement, qui est l’élément de continuité entre le texte et le dessin, proviendrait, alors, d’un traitement discriminant qui reconnaît un droit à « lui », tout en le refusant à « l’autre ». Il s’agit là, d’une véritable revendication pour une égalité de traitement, sous cette forme : « Tiens, pourquoi il porte une robe, lui ».

La finalité a été de trouver  à « l’homme au sac féminin », un ascenseur éthique – et c’est là où le choix de Bamba,  perçu par la même opinion comme immaculé, devient stratégique et non fortuit. Un illustre anonyme n’aurait pu avoir la même fonction purifiante pour la souillure « contenue dans le sac ». La « robe »,  un article féminin autant que le sac incriminé, permet de sacraliser Wally et de l’élever au rang d’idole par procédé analogique. L’utilisation de l’image de Bamba,  dont le potentiel symbolique en fait un réservoir inépuisable de désirabilité,  a pour fonction d’absorber la contestation et la controverse qui alimentent l’autre pôle de comparaison. L’objectif est de produire un effet subliminal tendant à banaliser,  ou au mieux faire désirer, le « sac féminin ».

Mais le « système de  représentation » que vous avez voulu orienter dans un seul sens, n’a pas fonctionné tel que voulu et  a produit des effets contraires au niveau des cibles qui ont opposé un principe d’incompatibilité à l’association que vous avez voulu créée.  Vous aviez sous-estimé la vivacité et la résistance des  barrières symboliques qui entourent la personnalité du Cheikh que vous avez tenté d’altérer par effraction. A son niveau,  « sacré » rime avec « secret », en tant citadelle imprenable,  comme il le dit lui-même. La levée de bois vert provient du fait que le même ascenseur éthique  qui vous a servi à élever « l’authentique El fenomeno », a, en même temps, rabaissé Bamba au  niveau d’un « porteur de sac féminin ».  Et, il ne s’agit pas d’une fausse opinion chez les « talibés », mais d’une conclusion qui résulte rigoureusement de votre « analogie humoristique ».

Soyons clairs ! Il n’y a aucune caricature sur le portait de Cheikh Ahmadou Bamba, dans un style à la  « Charlie Hebdo ». Ici, le jeu est plus subtil entre deux différents tableaux : un texte narratif supposé informer de par son contenu et un dessin supposé faire dans l’humour avec sa caricature. Mais l’analogie,  plus qu’une simple  « illustration », est fortement reliante  avec  la logique de substitution qu’elle instaure entre  les deux entités inscrites dans le même projet d’écriture, en dépit de l’absence de linéarité textuelle.  L’humour, dans le registre satirique et ironique, a besoin  d’une « rupture » marquée ici, par le passage du « discours du narrateur » aux « propos d’un sinistre personnage » dans son double rôle d’énonciateur  et de dénonciateur.  Il s’agit là d’une fonction déléguée et non d’une « parole d’autrui » d’autant plus que la satire ne rature pas la problématique de départ ; elle en est un relais plus objectivant par l’emphase sur certains aspects et par d’autres modes d’énonciation. C’est lui qui a, ici, accompagné le texte et non le contraire, comme a voulu le signifier la rédactrice en chef numérique.

Le « véritable opérateur de la caricature » est la bulle du dessin qui fait procède à une inversion de signes et faitdu  Cheikh, un « Waly » avant la lettre, un  précurseur  et pionnier de cette nouvelle tendance allant du « pinw » au « sac féminin ».  L’usage du présent dans la formulation, avec son unique photo comme support, permet d’en faire un acteur principal dans le dénouement de la trame relative à  l’homophobie et non un simple élément du décor.  On pouvait pousser le commentaire sur le registre langagier, le style, l’allure désinvolte et provocatrice  du personnage caricaturant  et qui officie en tant que principal foyer de propagation du virus devant saper les fondements de nos croyances.  Et le fait de vous « rectifier » en changeant le personnage  relève d’une « caricature de substitution » du Cheikh par un « iman » (Abdou Ndukur  Kacc NDAO)  et assure la sauvegarde votre projet initial autour de la promotion du sac  et par ricochet, la promotion de l’homophilie.

Il est fort probable, M. SOUDAN,  que vous ayez inconsciemment voulu, à travers cette provocation délibérée, avoir du buzz à la Charlie suite à des réactions irréfléchies de mourides qui vous transformeraient en victimes. Mais les  talibés du Cheikh ne vous fourniront jamais cette opportunité. Assurément,  vous avez voulu tester leur  capacité d’indignation et de réaction; et sous ce registre, vous serez servis à profusion car,  après avoir perdu l’initiative du combat, vous serez également privés de l’opportunité de la trêve.  Et, il n’y a pas lieu à vous référer,  de façon anachronique et malveillante, au Cheikh dans le but de nous endormir avec votre subite et intéressée proximité « spirituelle ». Les mourides qui sont vos contemporains, se suffiront à eux-mêmes,  chacun à sa façon, pour laver l’affront.  Le Khalife général y est allé en fonction de sa Station  et de ses responsabilités qui l’amènent à vous prêter une oreille attentive. Mais, il n’a pas le temps de vous lire, encore moins de vous commenter pour que vous pouviez l’invoquer dans la polémique. Cherchez plutôt ses prières que Dieu vous affranchisse de Satan.

En attendant, le génie sénégalais ne manquera pas d’immortaliser votre bêtise à travers son humour et ses calembours, son art et sa culture. Un condisciple historien, Yaya Coly, suggère, d’adopter la même attitude que Bamba face à ceux qui ont voulu le nuire, par la tenue, chaque 28 janvier, d’un « magal ». Certains vont traineront devant les tribunaux pour vos propos désobligeants,  d’autres vous boycotteront. Les officiels pourraient interdire votre « navet ».  Et, comme vous avez fait usage de la plume dans vos attaques, il y en a qui vous combattront par cette même plume qui a plusieurs facettes chez nous : nationales, françaises, arabes, coraniques…  A notre niveau, nous allons vous renvoyer à  Serigne Mouhamadoul Mansour Sy qui fut Khalife général des Tidjanes (que Dieu lui aménage une demeure en Sa proximité) : « vous frappez sur du fer froid. Ne torturez pas vos mains ! » «Ô bande ! Que soient anéanties vos mains … Que vos mains soient paralysées ! »