CONSTRUIRE UN VÉRITABLE PROJET D’ÉMANCIPATION CULTURELLE EN BRISANT LES BASTIONS NÉO-COLONIALES

Abdou Ndukur Kacc Ndao
 
Notre ami et frère Ajamaat Akandijack Akinto Di-Jack nous est revenu avec un texte au fond particulièrement intéressant, mais au titrage déphasé. Son texte permet de mettre en perspective les grands défis qui se posent à la plupart des élites : comment penser national et agir localement notamment dans un contexte de territorialisation qui est paradoxalement à la fois une exigence et un chantage. En demandant un quota ministériel et ethnique, on peut s’interroger sur le bilan de tous les ministres casamancais, foutankés, saint-louisiens depuis nos indépendances formelles et leur réel impact dans le développement régional et le renforcement de la cohésion nationale. Au total, nous pouvons affirmer que ces quotas ont plus permis à des politiciens de s’enrichir en poursuivant des ambitions privées. En posant la question sous le rapport quotataire, le risque est grand de promouvoir des opportunistes décalés des préoccupations régionales et souvent promptes à titiller des ego et émotions particularistes.
Voila pourquoi, dès que cette question est posée sous ces angles, les particularismes prennent le dessus sur les véritables enjeux. Dans notre groupe Refondation, nous sommes victimes de ce piège au regard notamment des débats importants agités. La question linguistique est sans doute une belle illustration d’un grand malentendu qui mérite plus de recentrage. Il s’agit notamment de l’usage d’un Wolof que Cheikh Anta Diop n’a jamais voulu imposer. Sa conception des langues nationales est clairement décrite dans son ouvrage culte : Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire. Il est important de rappeler que sa conception des langues est juste fonctionnelle et qu’il aurait pu utiliser le diola s’il le maîtrisait pour établir les parentés linguistiques et historiques avec l’Egypte. Nous avons ainsi intérêt à contextualiser les idées de nos chercheurs pour éviter les malentendus intellectuels dans un contexte où beaucoup ” bêlent en entendant d’autres moutons bêler “.ù
Au regard de la nature des débats de notre groupe, nous assistons de plus en plus à une ” guerre de tranchées ” chacun exhibant sa spécificité ou ses “blessures” pour tirer la couverture sur soi. Nous devrions mieux nous pencher sur les questions de fonds qui sont pour nous l’émancipation, l’indépendance culturelle, économique et le développement endogène. Voila un vrai projet pour faire bouger les lignes et créer les conditions d’une refondation nationale. Le plaidoyer a pris le dessus sur un nécessaire consensus autour d’un projet novateur qui dépersonnalise les véritables enjeux. En mettant souvent en avant nos ego particularistes”, nous oublions qu’il existe d’autres approches de démocratisation participative et de planification pour tenir compte des “minorités”, des territoires, et même des “principautés de fait”.
C’est parce que depuis nos indépendances, nous sommes encore enchâssés dans une approche de gouvernance qui a épousé les contours des revendications territoriales et politiciennes du moment portées par le conglomérat des initiés. Nous n’avons pas encore déconstruit un empire colonial au dessein clair : logique extractive et neutralisation des velléités d’affirmation régionale. Cet empire a taillé sur mesure l’aménagement du territoire, les processus de décision et les institutions sur cette logique.
Aujourd’hui, il faut refonder sur la base d’un nouveau projet économique et social. Un projet de construction nationale qui devra briser progressivement les bastions néocoloniales.
Notre pays est configuré sur le même modèle colonial qui permet à des entreprises étrangères d’avoir des monopoles. L’extraction minière à Kédougou ainsi que les derniers post de Omar Sarr sur la pêche confirment cette configuration économique orientée vers les intérêts des bastions néo-coloniales. La réponse à ces questions n’est pas technique. Elle est politique. D’où la question de l’émancipation culturelle de nos peuples seule option pour sortir de cette impasse. Les états qui ont fait des bonds en Afrique sont ceux qui ont osé emprunter des voies endogènes. Il suffit de regarder le rapport 2015 de l’Indice mondial de la compétitivité (GCI – Global Competitiveness Index) pour s’en convaincre : http://reports.weforum.org/global-competitiveness-report-2015-2016/competitiveness-rankings/. Notre pays occupe la 110 ieme place sur 140. Comment l’île Maurice est elle parvenue à être l’économie la plus compétitive du continent ? Comment le Rwanda a pu faire des bonds (malgré les critiques sur Kagame) ? Comment même Ouattara a fait bouger la Côte d’Ivoire qui a réalisé la plus forte progression en Afrique depuis l’an dernier.
Pendant ce temps, nos autorités continuent de disserter sur des taux de croissance. Peut être devrions nous sortir nos chapelets et invoquer Rog pour qu’ils atteignent 100%. Manifestement, les sénégalais n’auront plus besoin d’aller au paradis. Car leur bien aimé pays serait le paradis le plus haut. Amine.
 
ANKN