POUR UNE RÉPUBLIQUE DES “NAWLE” (ÉGAUX)

Abdou Ndukur Kacc Ndao
www.ndukur.com

Janvier 2016 tirait sa révérence quand avant de mourir de sa belle mort, il nous léguait l’histoire douloureuse des sacs de Seck Waly. Le jeune Waly sort avec un sac et notre vieille république tremble dans un brouhaha de honte et d’invectives. Les branchés et fans du jeune artiste seront pourchassés et agressés comme de vulgaires homosexuels pour une société pourtant naguère tolérante voire complice de ces désorientations sexuelles hors normes admises. Il est vrai que, toutes proportions gardées. Nous sommes ainsi en pleine apothéose du désespoir …certains Sénégalais font feu de tout bois et se nourrissent de ce buzz.

Fin janvier, c’est aussi le grand péché de la caricature du Cheikh du mouridisme par Jeune Afrique. La mobilisation s’amplifia crescendo pour dénoncer des lobbies homosexuels derrière cette énième attaque contre l’islam et ses Cheikhs. D’ailleurs, le rectificatif de JA est juste subtile car, à y regarder de près, la caricature remplaçante n’a fait que conceptualiser une image proche d’un imam. Sans doute cette nouvelle caricature a-t-elle échappé à plusieurs observateurs, la caricature étant un métier d’une redoutable et renversante subtilité. Tous les imams du monde devraient d’ailleurs battre le macadam dans toutes les villes pour se plaindre de la caricature de substitution. N’empêche, le plus important aussi est de lire la façon dont les adeptes du Cheikh ont perçu dans leur intériorité cette caricature satanique.

Cette caricature donne l’occasion de parler de nous-mêmes et de notre rapport à nos saints. En vérité, la véritable caricature originelle, dans ce Sénégal, c’est d’avoir fait de nos grands marabouts soufis des “icônes” qui sont associées à tout et très peu à l’essentiel …Nous louons leurs louanges sous les tentes et dans les cabarets aux lumières tamisées. Nous jurons en mentant souvent en leur nom. Nous les associons à toutes sortes de paganisme et de folklore. Et presque jamais, personne ne pipe mot ou très timidement ! Même lorsque les familles confrériques mettent en garde contre ces déviances, les violations symboliques se poursuivent.

Voilà pourquoi ce jeune garçon, à peine sorti de la puberté, et qui comme par magie fait un “leapfrog”, grand saut pour entrer dans le monde nouveau du show-biz, met dans un seul registre et son sac mimétique et son statut de “Baye Fall”. La vraie “rectification” aurait été de demander que nos cheikhs ne soient plus mêlés à des formes d’associationnisme non religieux, véritables gangrènes sur leur dos. Cette « rectification » tardera à arriver tant le contrôle social a enfanté une société d’une très vieille démagogie. Il y a la vérité des “salons feutrés” et la vérité du consensus public avec ses profondeurs démagogiques particulièrement à la sénégalaise à plusieurs variables morales. Voilà le mal profond d’un pays qui manifeste contre des caricatures légitimement mais qui défie dans le mensonge et l’associationnisme quotidien ses cheikhs.

Au Sénégal, il y a des narratifs magico-religieux que personne n’ose questionner. Ils ont été distillés de la même manière : par le tapage et l’intimidation presque organisés tellement, ils sont réguliers. Notre pays continue d’entretenir le mythe du « doomu Soxna »Seigneur ! comme si nos braves mamans à nous qui prient avec leurs forces matinales au plus profond d’elles n’étaient pas aussi vertueuses, si dévouées, et totalement dignes de nous et pour nous … Au point que nous devons tous payer cette tare “congénitale ” par une “soumission ” à un ordre qui n’est pas celui du grand et unique maitre et juge incontestable de ses suiveurs. Pourquoi ce principe serait-il une exemption sénégalaise qui d’ailleurs ne saurait prétendre ni à la paternité berceau de l’islam ni à celle de la piété la plus sacrée de la umma ?

Cette sacrée « anomalie » aurait même traversé l’espace politique, avec en toile de fond, des logiques dépassées de castes enfouies dans les subconscients pour neutraliser des adversaires politiques. D’où le dilemme entre l’égalité et l’équité. Nous pouvons bien « manger » l’argent des «castés ». Mais nous rechignons à ce qu’ils nous dirigent au nom de nos factices positionnements sociaux d’une autre époque. Certaines castes l’ont bien compris d’ailleurs et utilisent leurs ressources pour « s’ennoblir ». Nous devrions un jour faire face à nous-mêmes et accepter de gérer ces contradictions qui ne grandissent pas notre nation.

Comment bâtir une république de “Nawlė” tout en reconnaissant nos différences héritées à notre insu ? Nous vivons au quotidien ces formes perverses de falsification historique et religieuse qui nous dispensent de nous regarder en face. Pourtant le discours de nos saints est sans équivoque sur l’urgence de retourner à Dieu et ses recommandations. Des minorités sociologiques efficaces dans la manipulation ont fini d’infiltrer tous nos espaces politiques et religieux pour dénaturer les véritables enseignements de nos respectés guides religieux qui sont au-dessus de tout soupçon matérialiste.

Nous pouvons continuer de feindre nos peurs et nos démagogies, la véritable caricature qui mérite une vraie mobilisation religieuse est de se battre contre tous ces pâles dessinateurs qui révisent et violent par caricatures et/ ou par mélodies endiablées au quotidien les enseignements exceptionnels de nos saints et guides religieux. Sous ce rapport, il nous faut exorciser toutes les caricatures et faire face à nos nous-mêmes sans honte et dans la dignité pour construire une République réconciliée avec des valeurs intrinsèques de foi et de principes émancipés.

ANKN

PHYLOGÉNIE DU MENSONGE ET DU RENIEMENT

Abdou Ndukur Kacc Ndao

La révolution générationnelle de la transition bat son plein. Le matérialisme historique et dialectique reste en principe le fondement (théologique ?) théorique du communisme. Il est vrai que les partisans de Marx ne courent plus les rues même s’il existe encore des bolchevick téméraires et tenaces. En revanche, le matérialisme mystique qui (re)inverse ou renverse doublement celui de Marx et Hegel continue d’irradier de sa superbe nos intériorités, nos invisibilités tuées par peur ou par honte. Nos consciences intérieures veulent encore les confiner dans nos psychologies des profondeurs.

Le combat ne peut être que brutal et sera destructif. Les réactions et appréciations sont bien timides. Elles sont d’une grave gravité. Les individualités secrètes sont-elles atteintes ? La psychanalyse Jungienne avait raison de noter que “La Genèse représente l’acquisition de la conscience comme la violation d’un tabou, et tout se passe, comme si, par la connaissance, l’homme avait outre-passé frauduleusement une limite sacrée. Je crois que la Genèse à raison, en ce sens que toute démarche vers une plus grande conscience est une sorte de culpabilité prométhéenne”.

Tout le monde sait pourquoi croyons-nous en Dieu sans lui faire confiance. Jung, en dépit de son passé controversé au nazi reste un penseur exceptionnel qui nous a révélé nos profondeurs cachées. Nos prêtresses du Sine, de Yoff, de Bargny, du Kassa aussi. Pour ressusciter des intériorités malades. Nous devrions mieux les valoriser en évitant de les classer dans les marges d’un savoir-faire psychanalytique capté par des universitaires ou praticiens à l’efficacité sans audace. Nous ne faisons pas confiance en Dieu. Pourquoi devrions-nous le faire pour des mortels ? Notre rapport à nous-mêmes a souvent été un rapport de duplicité de ce que, nous ne sommes pas. Il tire sa complexité et son existence au cœur de nos socialisations enfantines.

Les cellules familiales de base en sont les pépinières exportatrices et irradiantes d’une société de justifications et d’explications. En permanence. Dans toutes ses sphères, nos individualités nous deviennent étrangères. Nous nous dérobons devant l’obstacle dans le refus de faire notre révolution de maturité sociale. Trop de forces féodales nous tiennent en laisse et nous obligent à s’opposer au mouvement historique. Voilà la cause profonde du rassemblement des forces obscures du passé contre notre futur. Mais on ne remontera pas le cours de l’Histoire !

Voilà pourquoi, nous avons pris, entre Wade et Macky, pris autant d’années à disserter d’un mandat. Même lorsque le mensonge était cousu de fil blanc, nous avons convoqué les doctes rhéteurs du pouvoir et de l’opposition pour légitimer ou délégitimer nos pharisaïsmes. Lorsque le vieux a été pris en flagrance, il nous a servi son wax waxet ironique qui a mobilisé encore les débatteurs justificateurs de toutes les “escobarderies”. Et Macky nous sert ses cautèles, il nous revient encore des hâbleurs explicatifs de ses “scélératesses”. Ainsi sera la vie d’un Sénégal qui aurait pu rédiger son dictionnaire homologué sur la phylogénie des reniements et des mensonges.

Le réveil brutal de l’élite politique avec son réflexe de sauvegarde de position socialement individuelle sera brutal et définitif pour sa dernière génération décadente. Même lorsque le Président se décide à proposer un texte constitutionnel qui semble confirmer les 5 ans, les malignités prennent plumes et investissent radios et télés pour féliciter le partisan des “rosseries”. Comme s’il s’agissait d’une vérité qui doit apprendre à marcher.

Pendant ce temps, nous déléguons aux dieux et aux invisibles esprits saouls d’espiègleries politiciennes nos vrais débats de sociétés. Le problème de fonds n’est pas stricto-sensu tels ou tels responsables politiques qui nous servent depuis plus de 50 ans les mêmes couardises. Toutes proportions gardées. Mais bien d’une classe politique et d’une culture politique de “palinodies qui n’est que la pointe avancée de notre tragédie collective.

C’est parce qu’une fois élus, aux différentes « stations », nos hommes politiques se considèrent comme des démiurges. Ils essayent d’installer un rapport quasi prophétique avec leurs concitoyens. Dans une société de courtisans, de lèche-bottes, de flagorneurs à couper le souffle.
Ainsi les lumières seront abattues pour le Sénégal et dans nos accusations, nos reconnaissances définitivement terrassées.

“Matérialisme mystique” envoyé depuis Bissau qui célébrait hier la mort du Grand combattant de nos libertés, Amilcar Cabral. .

ANKN

MINISTRE CASAMANçAIS POUR LA CASAMANCE, MINISTRE CASAMANçAIS POUR LE SÉNÉGAL…WALLA BOCK ?

Dr. Akandijack Pape cHb Bassène

Chercheur – Historien

Notre tribune, «Acte III. 16 mois sans ministre Casamançais : Le paradoxe d’une Casamance expérimentale » a ouvert un débat qui a permis de revenir sur les questions relatives « au rôle d’un ministre dans un gouvernement, à la pertinence de la décentralisation, et autres dangers de faire des quotas ministériels selon les régions, les ethnies ou les identités ».

Cet apport enrichissant autour de notre texte nous amène à proposer une sorte de réplique en guise de précision. Pour nous, c’est l’aspect compression de l’Acte III de la décentralisation qui fait de la Casamance un territoire expérimental par les populations que l’on ne doit pas perdre de vue dans le texte. En d’autres, si le territoire expérimental que l’on a voulu pour les Casamançais se traduit par une telle revendication, il faut savoir se saisir de cette ouverture eu égard au contexte politique et historique de cette région naturelle.

Ce que nous attendons donc de nos compatriotes, c’est une ouverture d’esprit, leur capacité à comprendre que quelque chose est en train de se passer en Casamance. Nous avons ainsi parlé de mystique de la paix qui aurait bien besoin de notre adhésion pour mieux la traduire en actes politiques concrets.

N’oublions pas qu’en Casamance, les revendications se sont faites et se font encore par les armes depuis les années 1980. Si donc nous avons la chance de voir des revendications émanant des populations casamançaises qu’elles voudraient voir traduites au sein du gouvernement afin de jeter les bases d’un vivre ensemble, pourquoi ne pas les accueillir à bras ouverts ?

Nous croyons aussi que le vide crée (absence de ministre pendant 16 mois) après les élections locales, a au moins permis de voir que quelque chose avait changé en Casamance et qu’il serait dommage que l’Acte III qui fait de la région naturelle un pôle territoire test de la décentralisation, permettait de formuler une nouvelle vision du gouvernement au nom du vivre ensemble qui ne saurait ignorer l’urgente question de la représentativité de ce territoire au sein de l’Etat.

Le vivre ensemble, c’est ce qui renseigne les revendications des populations Casamançaises qui ne doutent pas que les critères de mérite doivent guider les nominations aux postes à responsabilité de l’État et comme ils savent qu’ils ont les champions de la compétence et de la rigueur professionnelle (“gëm service”), il ne faudrait pas que cette idée de compétence empêche de veiller sur l’équilibre géographique, ethnique ou identitaire.

C’est là où s’opère ce que nous appelons une nouvelle vision expérimentale du gouvernement telle que souhaitée par les populations casamançaises. Elle aura pour conséquence première de mettre fin à la division des élites politiques dans ce territoire expérimental. Rappelons d’ailleurs quelques faits qui sapent l’unité des populations casamançaises et qui ne sont pas à écarter dans l’analyse de l’échec du parti au pouvoir dans la capitale régionale lors des dernières élections. Ne parlons même pas de la question de l’indiscipline au sein de l’APR local exploitée sournoisement par des politiciens plus expérimentés.

Conséquemment, et nous avons pu le vérifier nous-mêmes – alors même qu’un nom de famille Sambou aurait toutes les difficultés à devenir Maire de Thiès, voici que le ministre Benoit Sambou, le directeur des élections de l’APR, a été politiquement invité à résoudre une fausse équation sur sa casamancité.

Ainsi, ceux qui seront tentés de croire que revendiquer des Sénégalais de Casamance comme ministres au nom de la représentativité s’assimilerait à une réclamation “de quotas régionaliste, ethnique ou identitaire”; l’exemple de Benoit Sambou vient leur faire la démonstration de ce que c’est un Casamançais. Certainement que si la propagande anti Benoit Sambou n’a pas totalement réussi et qui fait que son éviction [comme celle de monsieur Aïdar] tombe dans le paradoxe d’une Casamance expérimentale, c’est parce que les populations casamançaises ont une autre définition de la Casamancité.

La Casamancité, c’est avant tout des valeurs d’humanisme, de probité morale et d’ouverture que certains “casamanqués” aux comportements peu catholiques ne peuvent porter. Ainsi, quand les populations casamançaises revendiquent la place qu’il faut aux enfants de la Casamance au sein de l’Etat, il ne faudrait pas qu’un vieux réflexe de survie des élites étatiques vienne à faire comprendre que la Casamancité est dialectiquement inconciliable avec la Sénégalité. En d’autres termes, il faut que certains Sénégalais commencent à comprendre que les Casamançais sont des Sénégalais comme eux, et que si l’on nommait 3 à 4 ministres Casamançais et tant qu’on respectera la représentativité géographique du Sénégal, les origines ethniques n’auront plus tant d’importance.

Ainsi, pour rassurer les partisans de la bonne gouvernance, en somme ces républicains pour qui le gouvernement est là pour tout le monde, nous leur disons qu’en effet, au-delà du souci de la représentativité, nous sommes convaincus que le dosage ethnico-régional au sein de l’Etat n’a jamais été un frein à la démocratie sénégalaise. La démocratie sénégalaise s’est toujours chargée de ses ethnies avec des hauts et des bas, tandis que la dévolution monarchique et autre usure du pouvoir ont été les plus grands combats qui lui octroyèrent ses lettres de noblesse. Jusque-là donc, le rapport entre la République et sa diversité est bien meilleur qu’ailleurs dans d’autres pays où les questions ethniques s’exacerbent, faute d’un dosage nécessaire dans la gestion des portefeuilles de l’Etat.

Ainsi, notre maturité politique, bien que différente, est bien réelle et n’est pas a calquée de celle de quelques nations occidentales qui ne vivent pas nos réalités. Les peurs donc que nous nous infligeons en entendant des revendications qui ne font au contraire que consolider notre démocratie sont inutiles.

A ce stade de notre défense, nous voulons insister sur le fait que, ce qui nous importe, c’est plus le besoin d’accompagner la mystique de paix qui prévaut actuellement en Casamance qu’autre chose. Nous persistons en disant que toute revendication venant des populations casamançaises qui vivent l’expérimentation de l’Acte III de la décentralisation ne peut que fournir de nouvelles avancées.

Nous aimerions bien que les populations casamançaises soient dans l’erreur, quand ils nous disent que certaines élites Sénégalaises vont toujours vouloir maintenir les Casamançais sous le fardeau de la suspicion étatique en les accusant tous sans exception d’être des rebelles, d’appartenir au MFDC. Alors qu’il est avéré que le MFDC sans le dire, est impuissant face au dilemme dans lequel sont piégés ceux qu’ils considèrent comme des “Casamanqués” parce qu’ils ont choisis la lutte politique au sein de la République. Ainsi, excepté l’encouragement qu’ils peuvent apporter à leurs frères et sœurs Casamançais, ils ne peuvent constater l’exploitation des élites politiques casamançaises qui doivent, disions-nous, toujours persévérer dans l’effort. Une autre preuve que la division de nos élites politiques est une source de déchirement entre Casamançais, et ce jusque dans le maquis. Ceux qui dans des circonstances malheureuses ont pris les armes au nom des populations casamançaises, nous voulons parler des rebelles, ne voient pas en leurs frères des ennemis qui ont choisi la politique. Ils ont tous le même souci pour les populations casamançaises, même si malheureusement certaines circonstances ont faites que les moyens d’y arriver diffèrent parfois radicalement.

C’est une réalité qui malheureusement doit faire face aux certitudes dangereuses que véhiculent certains Sénégalais. C’est sous cet angle aussi qu’il faut analyser la mission que s’est donnée une nouvelle génération de Casamançais qui se veulent chasseurs de femmes et d’hommes Casamançais. Une mission qui veut démontrer que les Casamançais sont capables de s’entendre sur l’idée que leur bonheur ne se construira pas par les armes. Et aujourd’hui plus que jamais, le dialogue et l’unité de tous les fils de la Casamance est devenue une nécessité et une réalité à construire.

Le dialogue dont nous parlons, même s’il est teinté de méfiance est réel entre toutes les populations casamançaises. Ainsi, autant les divisions entre politiciens Casamançais affectent le maquis, autant l’absence d’une évolution constante en termes de représentativité politique de la Casamance sous le régime Macky Sall (comme dans tout autre régime) est sujette à interrogation au sein de la rébellion casamançaise, surtout quand on parle de territoire expérimental.

En effet, toute réforme liée à la décentralisation a toujours été objectivement comme subjectivement liée à la particularité de la Casamance. Or, l’Acte III de la décentralisation qui territorialise le Sénégal ne pouvait pas choisir mieux que la Casamance, où il est question d’auto-détermination, pour cette expérience.

Bien évidemment, même si la territorialisation de Macky Sall n’est pas une copie conforme de celle proposée par Jean Marie François Biagui par exemple – cet ex-membre du MFDC authentique perdu dans les méandres de la politique sénégalaise – il n’en reste pas moins qu’elle donne la possibilité d’être améliorée de manière à prendre en compte les revendications du mouvement historique comme celles des populations Casamançaises.

En effet, tout part des populations casamançaises et revient vers elles. C’est pourquoi, à elles la primeur dans le jugement d’une Casamance expérimentale. Et c’est pourquoi, le Président de la République devrait réagir rapidement à ces revendications pour un ministre qui symbolise le territoire.

En plus, on n’entend pas très souvent les Casamançais en termes de revendication de postes politiques préférant garder une image négative de la politique sénégalaise. Il y a donc de quoi se réjouir quand des populations jusque-là réfractaires à l’idée de donner leur confiance aux politiciens manifestent le sentiment que nous traduisons comme la quête d’une preuve d’appartenance.

Le débat exige de faire le bilan des ministres casamançais afin de voir s’ils méritent réellement d’être soutenus par les populations. N’avançons pas de fausses hypothèses, car la compétence d’un ministre ne se mesure pas au nombre de projets qu’il a apporté dans sa région.

Mais encore une fois, ces revendications ne visent pas à nommer des ministres qui n’ont pas une posture d’hommes d’Etat. Les ministres Casamançais sont connus pour leur ascétisme politique et leur refus de laisser une image négative à la postérité. En tous les cas, aucun Sénégalais ne peut prouver que des hommes comme Georges Tendeng ou Robert Sagna ont détourné des deniers publics.

Certes, Robert Sagna traine l’image d’un milliardaire après plus de décennies en tant que ministrs. Ce que nous savons par contre, c’est qu’après l’avoir accusé, le Président Abdoulaye Wade a reconnu que si Robert Sagna s’était constitué un capital, c’est à partir d’un emprunt qu’il a entièrement remboursé. Ainsi, il est la démonstration que les politiciens Casamançais comme lui, ne doivent rien à l’Etat du Sénégal, alors qu’ils sont ceux qui tiennent la région debout parce qu’ils y ont pris le risque d’y investir leurs propres économies.

Les Casamançais sont ainsi fiers du fait qu’il y a certains des leurs qui dans un sens ne doivent rien à l’Etat du Sénégal. Et les mémoires du Président Abdou Diouf ne sont pas une référence pour parler de la Casamance et de ses ministres qui se seraient remplis les poches avec la crise casamançaise. Qu’il assume ses erreurs politiques, c’est mieux !

Car, il savait très bien qu’en divisant la Casamance en régions pour combattre le MFDC, il jetait les germes de la division des Casamançais. Son régime a animé la lutte au sein du Parti Socialiste pour un leadership en Casamance avec cette nécessité de nommer des ministres fantoches issus des régions et pour le seul but de promouvoir le combat de division entre élites politiques casamançaises. Et si nous nous levons aujourd’hui, c’est parce qu’il nous semble que certains membres de l’APR se sont inspirés des méthodes socialistes d’alors pour installer la division du parti en Casamance.

Encore une fois, on ne peut diviser les élites politiques casamançaises et espéraient avoir une Casamance développée parce qu’on aurait multiplié le nombre de ministres à qui l’on aura donné les moyens d’une telle politique de division. C’est un proverbe bien nordiste qui le dit : “Si dix personnes se mettent à combler simultanément le trou que dix autres personnes sont en train de creuser, il n’y aura jamais de trou mais pleie de poussière”.

Dans le contexte où la région était, on ne pouvait imaginer la développer tout en cherchant à la diviser en plusieurs morceaux. C’est d’ailleurs être d’une naïveté politique bien pathétique que de croire que des régions secondaires qui naissent d’une Casamance divisée ont un avenir de développement indépendant de la Basse-Casamance. Et c’est certainement cela que SEM le Président Macky Sall a compris en expérimentant le territoire Casamance. Car, on ne peut vouloir unir le Sénégal tout en divisant la Casamance qui pose le problème de cette unité nationale.

De même par transposition, on pourra dire que si Macky Sall veut faire de la Casamance une vraie région expérimentale, sanctionner des ministres issus de cette région réduit à néant la possibilité de connaître l’efficacité de cette mesure. Mais, SEM le Président Macky Sall a encore le bénéfice du doute aux yeux des Casamançais, car comme il le sait mieux que quiconque, la Casamance est bien spécifique. Et la territorialisation donne un espoir de début de prise en compte des besoins des Casamançais. Parmi lesquels la revendication d’un ministre nous paraît être une conséquence. Cela ne pourrait être autrement. Car dans l’Acte III, il est question de coopération étroite entre les élus locaux et les représentants de l’Etat réhabilités dans leur rôle d’interlocuteurs territoriaux de l’Etat. Mais nous l’avons dit, le gouverneur (les préfets et autres sous-préfets) ne peut plus être le seul représentant de l’Etat dans les collectivités locales n’étant pas élu par les populations. Ainsi, pour nous un ministre Casamançais pourrait être de manière complémentaire un meilleur agent du pouvoir gouvernemental dans cette région expérimentale.

Récapitulons : quand nous demandons un ministre avec portefeuille dont l’un des rôles est de participer à l’unité du parti, nous ne faisons que traduire l’inquiétude des populations qui connaissent très bien l’histoire politique de la Casamance. Car, plus les membres du parti au pouvoir sont divisés, plus les Casamançais sont dans la confusion, ne sachant plus vers qui se tourner pour constituer une force politique régionale.

Dans ce cas, revendiquer une certaine visibilité n’est en aucun cas contraire aux principes républicains. Le but ultime est de prendre en considération la particularité de la région. Agir autrement, comme Macky Sall l’a voulu il y a maintenant plus de 16 mois, est contreproductif pour un territoire que l’on veut expérimental et où la démocratie sénégalaise commence à faire la démonstration de sa maturité.

En parlant de démocratie, il est vrai que certains serviteurs zélés de l’Etat, de par leurs actions, risquent de transformer l’image de “Macky Nianghal” en “Mister Jailer” à force de mettre en prison tous les opposants qui font du “waxlo nguur”. Il y a une réalité de la démocratie sénégalaise telle que portée par l’opposition qu’on ne pourra pas changer en faisant un recours systématique à l’emprisonnement. Il faut plutôt encourage le “wax” sénégalais, quel que soit son caractère parfois offensant, que tous heureusement n’épouse pas. Et éviter ainsi de ternir l’image de la démocratie sénégalaise car il faut un tout pour la définir.

En tout cas, c’est grâce à son avancée qu’aujourd’hui, les élites Casamançaises peuvent librement parler au nom de leurs populations. Et c’est la République à travers SEM le président Macky Sall et son régime qui en seront les plus grands bénéficiaires. Car, plus le MFDC sentira que les Casamançais peuvent s’exprimer librement au Sénégal, plus il sera disposé à maintenir un climat d’ouverture à ses frères de Casamance, qui ont pris l’engagement politique. Lequel climat d’ouverture entre frères et sœurs en politique va naturellement se transposer dans les rapports entre l’Etat représentatif et le MFDC.

La question de confiance entre l’Etat et le MFDC, nous l’avons signifié précédemment, dépend forcément du fait que les enfants de la Casamance (chercheurs, politiciens, femmes, jeunesses)  auront de pouvoir parler sans complexe de la crise casamançaise. L’enjeu effectivement derrière une telle matérialité, c’est d’arriver à établir des lignes transversales entre l’Etat, les populations et le MFDC pour que la crise de la République du Sénégal en Casamance puisse capitaliser non pas dans le sens du MFDC ou de l’Etat. Mais dans le sens du vivre ensemble porté par les populations concernées.

Cette compétence – du vivre ensemble – anime les mêmes populations qui revendiquent la réintégration dans le gouvernement du Sénégal des Ministres Casamançais. En conséquence, notre exigence d’une urgence politique sur la question de la paix relève d’un pragmatisme que le chef de l’Etat devrait s’approprier dans l’unique et seul but d’accompagner l’acte III de la décentralisation et son territoire expérimental. De favoriser l’émergence d’un pouvoir exécutif à l’image de la Nation, d’offrir une image constructive de la diversité sociale de son pays représentée dans le gouvernement.

Nous demandons donc à SEM le Président, “watiya éring ding” : donnez à la Casamance expérimentale les ministres leaders politiques qui doivent porter leurs aspirations pour l’unité !

Dr. Akandijack Pape cHb Bassène

LE LAPSUS DES BUZZ

Abdou Ndukur Kacc Ndao
Socio-anthropologue

Nos “icônes” sont tombées. Du moins certaines, partisanes ou victimes d’imprudences multiformes alimentatrices des “buzz”. Notre modernité en est friande. Elle est cruelle pour les preneurs de risques. Notre société s’en délecte. Il suffit d’écouter notamment des revues de presse aux relents autrement plus bruyants que journalistiques, pour saisir la profondeur relative des enjeux autour de l’argent. Un chanteur sénégalais bien inspiré disait dans un wolof chatié : “Gor ci bopam, warna mëna ame l’argent, l’argent”. Bien évidemment, dans sa posture dialectique, il n’a pas oublié les jigguen (femmes). Allez deviner la suite en interrogeant les élèves de nos écoles primaires qui connaissent plus les recoins des refrains de cette chanson que leur leçon d’histoire.

Obama, partisan des belles tournures phraséologiques a parlé de l’argent aussi lors de son discours sur State of Union. Comme un pasteur inspiré par les lumières, il nous a sèchement lancé une lapalissade : “We have to reduce the influence of money in our politics, so that a handful of families and hidden interests can’t bankroll our elections — and if our existing approach to campaign finance can’t pass muster in the courts, we need to work together to find a real solution”. Barack a sans doute raison. On pourrait d’ailleurs envoyer notre CREI nationalement sélective pour auditer ses fonds de campagnes. Une belle coopération entre des ricains et des sénégaulois pour traquer l’argent qui a fini de s’imposer comme une des clefs de réussite notamment des futures présidents.

L’argent a fini de tout dénaturer et de brouiller toutes les cartes. Il est tentaculaire. Il se laisse faussement apprivoiser par des buzz qui ne sont réalité que des lapsus. Les affaires courantes, passées ou futures dévoilent ou ne dévoileront qu’une partie de l’iceberg ou de la nébuleuse. Une question simple s’applique à tous nos politiques. Il est vrai qu’Il faudra éviter d’en faire des victimes expiatoires. Les ‘”pauvres politiques” qui cachent si bien les lapsus des autres partisans de l’argent sale tapis dans les ombrages. Où trouvent-ils leur argent ? Pourquoi passent-ils subrepticement d’un abonné aux “cars rapides” à un détenteur d’une limousine ? Il est vrai que les sciences sociales ont théorisé la circulation des élites. De là à devenir milliardaire le temps d’une “campagne politique”, “l’éthique sociale” est demandeuse de comptes.

Ce qui est inquiétant dans ce jeu complexe de roublardise, c’est qu’on ne peut – contrairement aux postures de larges cercles de notre classe politique – mener un combat patriotique et indépendant avec les armes de quelqu’un d’autre. Voila aussi une des raisons d’une aliénation profonde qui maintient encore notre pays dans un modèle de construction néocoloniale. Voila pourquoi, nous sommes aussi en face de tous ces vieux roublards qui sont à la périphérie du pouvoir depuis plus de 3 décennies, sans une activité professionnelle connue. Voila pourquoi, n’ayant aucune activité professionnelle connue, ils sont souvent dans le “délit d’incompétence”. Parce qu’aussi, nous pouvons faire le constat de partis politiques qui n’ont pas créé des mécanismes de suivi des questions économiques et institutionnelles qui les préparent à GÉRER. Des qu’ils quittent les affaires, leurs cadres deviennent lucides et patriotes comme par magie. Des qu’on les rappelle ils deviennent aphones. Mieux ou pire, ils sont même surpris de prendre le pouvoir ou d’y être associé. Ils sont toujours désarmés par la “réalité ” car rien presque ne les prépare à la gestion complexe du pouvoir. Ils ont capturé la parole, essaiment les radios, et agitent les “idées du chef de l’État”, mais ils sont incapables de réaliser un projet concret.

Il existe dans nos différentes stations de décisions beaucoup de “inconsciemment incompétentes “. Certain(e)s sont entré(e)s dans la politique de bonne foi, mais souvent rattrapés par la réalité qui prend le dessus. Sans doute, c’est parce que les vrais technocrates ont préféré la sécurité et l’anonymat de leurs postes et salons. Pour créer la rupture, il faut forcément amener les “consciemment compétents” à faire le saut et vaincre leurs peurs multiformes. Ils ont soit peur de se retrouver “seul ” à vouloir arrêter la mer avec leurs bras ou de se muer eux mêmes en “politique”. Enfin, il y a la réaction des populations face à ces “extraterrestres” qui font peur. Elles cherchent à excommunier ces “communistes” trop difficiles à comprendre, trop radins pour gérer les militants, trop austères…La question de la compétence et de la masse critique peuvent vraiment amener l’alternative. En observant la rupture générationnelle qui existe entre les nouveaux dirigeants des pays développés et ceux de nos pays, les césures sont très nettes. Les premiers osent faire le pari sur des jeunes dirigeants qui sont encadrés par un système de reddition des comptes. Nous, nous préférons recycler des dinosaures sans cesse. Même lorsqu’ils sont plus jeunes comme le Gladiateur, ils sont englués dans les tares de leurs “maîtres”.

Bien évidemment, il n’existe pas de solution magique face à ces ralentisseurs de développent. Cependant, il faut arriver à fédérer un noyaux de forces capables de proposer une vraie alternative. Les assises nationales avaient suscité espoir et mobilisation auprès de larges cercles de notre pays. Il y’a une forte demande pour une alternative chez beaucoup de de nos concitoyens et concitoyennes. Malheureusement, souvent, nous ne sommes pas encore capables de créer une offre digne, et surtout de sécuriser les processus pour éviter les infiltrations et détournements d’objectifs. Malgré les impairs et déviances, il y’a des leçons à tirer des assises nationales. Nous y reviendrons avec la publication prochaine d’une autre contribution.

ANKN

L’ETAT, LE MINISTRE ET LA REGION : POURQUOI JE NE SUIS PAS D’ACCORD AVEC NOTRE AMI AKANDIJACK

 

Khadim Ndiaye

Philosophe – Canada 

Je remercie sincèrement l’ami Akandijack de m’avoir donné l’opportunité, par son article, d’approfondir une réflexion entamée il y a quelques mois.

Dans son texte soumis à Refondation, Akandijack avance un certain nombre de choses dans les passages suivants :

 « Nous venons de traverser une bonne partie de la Casamance et les populations rencontrées dans leur majorité ont le sentiment qu’il n’y a personne qui les représente au sein du gouvernement post acte III de la décentralisation. La question qui nous taraude alors est de savoir si le choix de faire de la Casamance un territoire test de l’Acte III peut avoir du sens si les Casamançais ne se reconnaissent pas dans le gouvernement qui porte ledit projet. C’est ce que nous appelons : “le paradoxe d’une Casamance expérimentale”.»
 « Ainsi donc, parce que depuis maintenant plus de 16 mois, une bonne partie des populations casamançaises n’ont pas de référent politique, de ministre avec portefeuille qui puisse accompagner la mise en place du territoire test Casamance. »
 « Dommage qu’une promesse politique en vienne à empêcher d’agir en accord avec l’Acte III de la décentralisation en Casamance qui a besoin d’un ministre casamançais à la fois proche du chef de l’Etat et des populations casamançaises. »

 J’ai tenu à notifier à Akandijack mon désaccord tout de suite après avoir lu son texte pour une raison simple : un ministre n’a pas vocation à défendre ou à représenter une région. Un bon ministre s’occupe des affaire de l’État et, ce faisant, il doit faire de chaque problème d’une région, un problème national. Une décentralisation bien pensée devrait permettre toutefois aux commis de l’État dans une région donnée, de traiter des questions locales avec une marge de manœuvre appréciable.

Cette pratique (nommer selon l’appartenance à une région) qui a fini par devenir une “coutume constitutionnelle” est néfaste pour une nation en construction.  En suivant la même logique, nous n’aurons demain aucun argument à opposer à un Sereer ou à Joola, un Mouride, un Khadre ou un Tidiane, qui demanderait un quota ministériel pour son ethnie ou sa confrérie? Au nom de quoi refuserait-on leur requête si l’on nomme des ministres selon une logique régionaliste?

Les aspects suivants doivent être prises en considération :

1) Oui pour la représentation, mais seulement là où la représentation est requise. La fonction ministérielle n’est pas une affaire de quotas ou de représentation d’une localité. La région est défendue par ses propres organes à qui l’on donne une vraie marge de manoeuvre dans une bonne décentralisation. Une région est défendue par des députés dans un parlement représentatif. Une région est défendue par des associations locales de développement qui oeuvrent aussi à l’amélioration des conditions de vie des populations.

2) Un président de la République ne nomme pas des Sereer, des Hal Pulaar, des Joola ou des Wolof; il nomme des SÉNÉGALAIS, et ces Sénégalais devraient être choisis selon les critères de la compétence et de l’éthique seulement.

On ne nomme pas un ministre pour défendre une région. Un ministre est un ministre du pays, de l’État. Demander que l’on nomme un ministre selon une logique confrériste, régionaliste ou ethnique, ne permet qu’un chose: satisfaire des égos. C’est une quête émotionnelle et rien d’autre. La preuve en est que dès qu’un tel ministre “identitaire” est “débarqué” pour incompétence, il se trouvera toujours des gens de sa région, de son ethnie ou de sa confrérie pour crier à l’injustice.

Nous sommes prompts à demander la nomination d’un “ministre identitaire”, mais personne ne demande à faire le bilan des “ministres identitaires”. Par sympathie identitaire, on n’accepte jamais l’échec d’un “ministre identitaire” parce que son échec est perçu comme l’échec de la région, de l’ethnie ou de la confrérie. Voilà pourquoi nommer selon des motifs identitaires est dangereux pour une nation en construction.

Ce que je dis là n’est pas seulement l’idéal; ce n’est pas une vue de l’esprit; elle tient compte aussi de nos propres réalités, de la manière dont nous vivons nos appartenances.

Chaque pays part de sa propre histoire. Les pays africains, du fait d’une histoire particulière où les identités ont été mises à mal par la colonisation, vivent de manière heurtée la coexistence État-Nation. De cette colonisation, nous avons hérité un État (l’État colonial), mais pas une nation. Une nation n’est pas une population (agrégat d’individus), elle se construit sans cesse.

Nous avons vu en Afrique des partis politiques bâtis sur des bases purement ethniques. Des émeutes ont éclatées ça et là, entraînées par les clivages ethniques, religieux. Nous avons vu ce que “l’ivoirité” a fait en Côte d’Ivoire; nous avons vu les tueries au Kenya, au Rwanda, en Centrafrique, etc. La réalité africaine est donc quelque peu particulière.

Pour fonder une nation, le principe de conviction et le principe de raison doivent chacun être bien compris. C’est en étant conscient que les Sénégalais ne sont pas des archétypes, mais des individus bien réels avec de fortes convictions (confrérie, région, langue, ethnie), que j’ai défini le principe de conviction qui renvoie au particularisme, à l’identité personnelle. Le principe de conviction, c’est l’appartenance à une ethnie, à une confrérie, à une région; c’est aussi le fait de parler une langue particulière. Bref, c’est ce qui est personnel.

Pour que l’idée de nation soit bien comprise et devienne une réalité chez nous, ce principe de conviction ne doit pas empiéter sur le principe de raison qui, lui, renvoie à la collectivité nationale, à l’intérêt général, à ce qui appartient à tous.

À chaque fois que le principe de conviction l’emporte sur le principe de raison, le vivre-ensemble est compromis. Le principe de conviction affirmé seul ne donne lieu qu’à l’existence d’une population. Et, une population n’est pas une nation.

En nommant à la fonction ministérielle selon une logique régionaliste, confrériste, ethniciste, on met à mal la coexistence du principe de conviction et du principe de raison.

Au niveau de l’État, nous sommes en plein principe de raison. Tout ce qui y émane doit être guidé, non pas par l’intérêt d’une ethnie, d’une région, d’une confrérie, mais par l’intérêt général. Voilà pourquoi nous n’aurons jamais un “ministre chargé de la défense de  Louga” ou un “ministre chargé de la gestion de l’éducation dans la région de Fatick”, mais un ministre des forces armées NATIONALES, un ministre de l’Éducation NATIONALE, etc.

Un ministre peut bien être issu d’une région particulière, être d’une ethnie particulière, être d’une confrérie particulière, mais il n’est jamais le ministre d’une région particulière, d’une confrérie particulière, d’une ethnie particulière. Toute son action, dans le cadre de sa fonction, doit être guidée par le principe de raison qui renvoie à l’intérêt de toute la collectivité.

Pour fonder cette nation que nous voulons tous, ces notions doivent être bien comprises. Confondre principe de conviction et principe de raison, c’est confondre l’État et sa région, l’État et sa confrérie, l’État et son ethnie. Ces notions bien définies permettent de régler aussi le problème de la corruption qui gangrène notre État. Elles permettent de faire la part entre les finances de l’État dédiées à la collectivité et nos propres finances.

Voilà ce que j’avais à dire sur le texte de l’ami Akandijack.

Dans une prochaine contribution, Je reviendrai sur une autre notion importante : le principe de conscience. Pour que le Sénégalais vive sa conviction et respecte le principe de raison, il lui faut d’abord avoir CONSCIENCE d’appartenir à un pays, à un État. Le drapeau national, l’hymne national, ne suffisent pas à donner cette conscience. D’autres facteurs interviennent parmi lesquels le désenclavement grâce à des infrastructures appropriées qui assurent l’unité géographique, la conscience d’un destin commun, le facteur linguistique, le facteur historique, etc.

Je dirai aussi comment le principe de conviction et le principe de raison peuvent parfois se rencontrer, notamment dans le domaine culturel, religieux. Cette rencontre fait par exemple que l’on ne considère pas le répertoire de la grande cantatrice, Yandé Codou Sène, comme un particularisme seereer, mais comme un patrimoine commun à tout le Sénégal. On voit donc  qu’une expression culturelle particulière peut devenir un patrimoine de la collectivité. Si l’État devait ériger demain une statue à la mémoire de cette cantatrice voire lui consacrer une journée, on n’y verrait nullement l’affirmation d’un acte particulariste.

Khadim Ndiaye

CONSTRUIRE UN VÉRITABLE PROJET D’ÉMANCIPATION CULTURELLE EN BRISANT LES BASTIONS NÉO-COLONIALES

Abdou Ndukur Kacc Ndao
 
Notre ami et frère Ajamaat Akandijack Akinto Di-Jack nous est revenu avec un texte au fond particulièrement intéressant, mais au titrage déphasé. Son texte permet de mettre en perspective les grands défis qui se posent à la plupart des élites : comment penser national et agir localement notamment dans un contexte de territorialisation qui est paradoxalement à la fois une exigence et un chantage. En demandant un quota ministériel et ethnique, on peut s’interroger sur le bilan de tous les ministres casamancais, foutankés, saint-louisiens depuis nos indépendances formelles et leur réel impact dans le développement régional et le renforcement de la cohésion nationale. Au total, nous pouvons affirmer que ces quotas ont plus permis à des politiciens de s’enrichir en poursuivant des ambitions privées. En posant la question sous le rapport quotataire, le risque est grand de promouvoir des opportunistes décalés des préoccupations régionales et souvent promptes à titiller des ego et émotions particularistes.
Voila pourquoi, dès que cette question est posée sous ces angles, les particularismes prennent le dessus sur les véritables enjeux. Dans notre groupe Refondation, nous sommes victimes de ce piège au regard notamment des débats importants agités. La question linguistique est sans doute une belle illustration d’un grand malentendu qui mérite plus de recentrage. Il s’agit notamment de l’usage d’un Wolof que Cheikh Anta Diop n’a jamais voulu imposer. Sa conception des langues nationales est clairement décrite dans son ouvrage culte : Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire. Il est important de rappeler que sa conception des langues est juste fonctionnelle et qu’il aurait pu utiliser le diola s’il le maîtrisait pour établir les parentés linguistiques et historiques avec l’Egypte. Nous avons ainsi intérêt à contextualiser les idées de nos chercheurs pour éviter les malentendus intellectuels dans un contexte où beaucoup ” bêlent en entendant d’autres moutons bêler “.ù
Au regard de la nature des débats de notre groupe, nous assistons de plus en plus à une ” guerre de tranchées ” chacun exhibant sa spécificité ou ses “blessures” pour tirer la couverture sur soi. Nous devrions mieux nous pencher sur les questions de fonds qui sont pour nous l’émancipation, l’indépendance culturelle, économique et le développement endogène. Voila un vrai projet pour faire bouger les lignes et créer les conditions d’une refondation nationale. Le plaidoyer a pris le dessus sur un nécessaire consensus autour d’un projet novateur qui dépersonnalise les véritables enjeux. En mettant souvent en avant nos ego particularistes”, nous oublions qu’il existe d’autres approches de démocratisation participative et de planification pour tenir compte des “minorités”, des territoires, et même des “principautés de fait”.
C’est parce que depuis nos indépendances, nous sommes encore enchâssés dans une approche de gouvernance qui a épousé les contours des revendications territoriales et politiciennes du moment portées par le conglomérat des initiés. Nous n’avons pas encore déconstruit un empire colonial au dessein clair : logique extractive et neutralisation des velléités d’affirmation régionale. Cet empire a taillé sur mesure l’aménagement du territoire, les processus de décision et les institutions sur cette logique.
Aujourd’hui, il faut refonder sur la base d’un nouveau projet économique et social. Un projet de construction nationale qui devra briser progressivement les bastions néocoloniales.
Notre pays est configuré sur le même modèle colonial qui permet à des entreprises étrangères d’avoir des monopoles. L’extraction minière à Kédougou ainsi que les derniers post de Omar Sarr sur la pêche confirment cette configuration économique orientée vers les intérêts des bastions néo-coloniales. La réponse à ces questions n’est pas technique. Elle est politique. D’où la question de l’émancipation culturelle de nos peuples seule option pour sortir de cette impasse. Les états qui ont fait des bonds en Afrique sont ceux qui ont osé emprunter des voies endogènes. Il suffit de regarder le rapport 2015 de l’Indice mondial de la compétitivité (GCI – Global Competitiveness Index) pour s’en convaincre : http://reports.weforum.org/global-competitiveness-report-2015-2016/competitiveness-rankings/. Notre pays occupe la 110 ieme place sur 140. Comment l’île Maurice est elle parvenue à être l’économie la plus compétitive du continent ? Comment le Rwanda a pu faire des bonds (malgré les critiques sur Kagame) ? Comment même Ouattara a fait bouger la Côte d’Ivoire qui a réalisé la plus forte progression en Afrique depuis l’an dernier.
Pendant ce temps, nos autorités continuent de disserter sur des taux de croissance. Peut être devrions nous sortir nos chapelets et invoquer Rog pour qu’ils atteignent 100%. Manifestement, les sénégalais n’auront plus besoin d’aller au paradis. Car leur bien aimé pays serait le paradis le plus haut. Amine.
 
ANKN
 

ACTE III. 16 MOIS SANS MINISTRE CASAMANCAIS : LE PARADOXE D’UNE CASAMANCE EXPERIMENTALE

Dr Akandijack, Pape Chérif Bertrand Bassène

Historien – Chercheur 

Nous venons de traverser une bonne partie de la Casamance et les populations rencontrées dans leur majorité ont le sentiment qu’il n’y a personne qui les représente au sein du gouvernement post acte III de la décentralisation. La question qui nous taraude alors est de savoir si le choix de faire de la Casamance un territoire test de l’Acte III peut avoir du sens si les Casamançais ne se reconnaissent pas dans le gouvernement qui porte ledit projet. C’est ce que nous appelons : “le paradoxe d’une Casamance expérimentale”.

Le gouvernement “Macky III” du 6 juillet 2014 porte les germes d’une promesse de sanction politique dont on n’avait pas évalué d’avance la pertinence. Son caractère inopiné alors qu’il s’agissait des élections locales du 29 juin 2014 qui matérialisait la mise en route finale de son projet politique de décentralisation allait porter préjudice à l’APR. En effet, l’applicabilité de l’Acte III n’était pas supposée être subordonnée à la nécessité politique de faire gagner partout dans le Sénégal ledit parti. Dès lors, la promesse dissuasive du leader d’une coalition ménagée de sanctionner uniquement les responsables politiques du parti au pouvoir qui n’auront pas remporté les élections dans leurs régions respectives était illogique.

Or, comme promis, au nom de son image face à la démocratie du “wax” (oralité – voir plus loin), SEM le Président Macky Sall a tenu parole en écartant de l’action gouvernementale ceux qui ont perdus. Et le premier ministre Mimi Touré, les ministres tels que Pape Diouf (Hydraulique et Assainissement), Ali Haïdar (Pêches et Affaires maritimes), Abdou Latif Coulibaly (Promotion de la Bonne gouvernance), Mor Ngom (Environnement) et Benoit Sambou (Jeunesse, Emploi et Promotion des Valeurs civiques) se verront ainsi écartés du gouvernement.

Irrémédiablement, derrière des élections qui devaient permettre d’organiser le Sénégal en territoires viables, compétitifs et porteurs de développement durable à l’horizon 2022 (fin hypothétique d’un 2nd mandat ?) ; on en aboutit à un paradoxe où des territoires comme la Casamance allaient se retrouver avec moins de représentativité dans le gouvernement.

Ne fallait-il pas s’y attendre, quand on sait qu’à Ziguinchor, les ambitions des leaders politiques à elles seules suffisaient à imaginer une variable pour ne pas handicaper le parti avec l’idée de sanction des perdants ?

Nous nous rappelons d’ailleurs nos échanges privés avec notre Professeur Madame Marième Badiane, responsable des femmes de l’APR, à qui nous faisions comprendre que – vue l’indiscipline caractérisée dans l’APR à la veille de ces élections – l’indice martial de cette promesse de sanction devrait être débattu publiquement afin de circonscrire son applicabilité à certaines situations. Le chef de parti aurait ainsi pu être amené à signifier qu’il faisait confiance en son équipe électorale et qu’en cas de contestation de ce choix une commission de discipline allait statuer. La posture de silence adoptée comme pour occulter les dangers d’une telle situation au sein du parti au pouvoir a autorisé la multiplication des chicanes internes. La faute donc à une promesse politique aux relents soldatesques et dont les conséquences ne pouvaient être que fâcheuses.

A propos de promesses, c’est ici l’occasion d’alerter qu’au Sénégal on a désormais la manie de donner une certaine importance à ces engagements oraux au point de les transformer en supplément de projet politique. L’explication que nous pouvons donner à un tel phénomène tient du fait que peu de Sénégalais lisent les projets des partis, la majorité se contentent de la bonne parole des politiciens. Nous sommes dans une sorte de “démocratie de l’oralité” : il faut pour réussir en politique savoir tout traduire par le “wax” (discours oral).

Les Sénégalais se souviennent que le Président Abdou Diouf avait nié avoir promis quoi que soit avec son « Ku wax waxul, ku jottali mo wax » (rapporteur traître ; en d’autres termes mon projet politique est écrit, celui qui vous le traduit à ma place vous trompe !). Tandis que le Président Wade qui était prompt à critiquer son prédécesseur fit l’erreur politique d’assumer sa rétraction (il n’y avait pourtant aucun mal à reconnaître ses faiblesses) : “Ma waxon waxet” (je l’avais promis ; mais ce n’est plus le cas).

Telles sont les différentes situations dans l’histoire politique du Sénégal qui renseignent l’idée de démocratie du “wax”, de l’oralité. Et nous pouvons voir que le Président Macky Sall est pour l’instant comme surveillé et menacé par ses opposants avec la chape du “wax waxet” surtout, qu’il ne voudrait pas porter comme habit. Sans oublier que l’homme est aussi connu sous le surnom de “Macky niangal” (l’imperturbable) et n’est certainement pas celui qui va se laisser piéger par ceux qui prennent plaisir à translater (“waxlo”) ses intentions politiques.

Ainsi, tout est dans le “wax”, la promesse politique aux dépens des projets politiques qui sont écrits en tenant compte des exigences institutionnelles. En effet, tout projet politique doit partir et revenir d’un point institutionnel, nos institutions républicaines ; alors que la promesse orale relève de l’art de la conjecture électoraliste. Malheureusement, c’est sur ce terrain que l’opposition exige du Président Macky Sall un résultat. Ils attendent de lui la diminution de son mandat et non un bilan. Le pays tout entier dépend d’un “wax” qui n’est pourtant qu’une parole prodiguée sans intention et sans possibilité d’être mise à exécution.

Cette analyse du “wax” que nous abandonnons, renseigne le contexte dans lequel, le gouvernement III était attendu. Que le chef de parti et président de la République respecte sa parole et sanctionne même en partie son équipe. Sans donc tenir compte du fait que l’Acte III de la décentralisation avait ses propres exigences, comme celles qui découlent de la décision de créer un pôle territoire test en Casamance. Mais la question que nous nous sommes toujours posée était de savoir si le régime actuel s’imaginait construire un tel territoire sans qu’aucun membre du parti issu de cette région ne soit dans le gouvernement ?

Si c’est le cas, alors SEM le Président Macky Sall, le chef de parti est dans l’erreur. Car ce serait croire que les Casamançais vont suivre comme des assistés économiques et politiques (quand des ministres issus de tout le Sénégal sauf la Casamance viennent prendre en charge les questions de leur développement) leurs intérêts immédiats et oublier leurs passions culturelles. Il faut le dire tout de suite, c’était pour nous une hypothèse hautement improbable. Car non seulement contraire à la culture politique de l’Etat en Casamance, mais surtout contreproductive par rapport à l’Acte III de la décentralisation et au PSE (en gestation à l’époque).

D’où l’idée donc de circonstances atténuantes ou variables évoquée plus haut. Cette idée prenait déjà en compte la division de l’APR dans la capitale régionale de la Casamance Naturelle où la mésentente a favorisé une sorte d’indiscipline interne au point d’encourager l’éveil des derniers instincts de survie politique au détriment de l’unité. Et parce qu’exactement la Casamance et les Casamançais ont besoin de s’unir.

Le rôle primaire du chef de parti et animateur d’une coalition aurait été de les amener à réfléchir sur le danger de toujours plonger la région naturelle dans l’opposition. Ils doivent désormais apprendre à expérimenter l’utilité d’avoir un même cœur de Casamançais dans des corps différents. La Casamance ne peut plus se payer le luxe d’être dans la désunion et la campagne perpétuelle telle que renseignée par le statut d’opposition. Elle doit plutôt aspirer à donner la force politique nécessaire à ses élites qui le méritent et surtout s’ils sont à l’intérieur d’un parti au pouvoir afin qu’ils puissent mieux la représenter au sein de l’Etat.

Certes cette vision est souvent associée au Maire de Ziguinchor, mais elle est pleine de bon sens. Elle est aussi celle de gens comme nous qui se sont engagés à tout faire pour que les Casamançais s’unissent. Et avec l’acte III, cette vision devient une exigence pour les membres de l’APR en premier qui doivent soutenir les responsables choisis et exiger plus de discipline pour éviter d’annihiler la performativité politique de l’Acte III en Casamance.

D’ailleurs, la sanction qui a valu à la Capitale régionale du territoire expérimental de la Casamance de faire le deuil d’un portefeuille ministériel digne de ce nom pose déjà problème. Il en découle deux conséquences probantes.

D’abord, la Casamance n’arrive pas à construire le leadership politique qu’il faut pour rendre visible les actions du gouvernement. Il n’existe donc pas de symbole politique corrélatif. Et le gouverneur de région à lui tout seul ne peut-être – n’étant d’ailleurs pas issu d’un choix des populations – un représentant significatif à la fois de l’Etat et des populations dans un territoire test. Or, un ministre casamançais est potentiellement l’homme providentiel que l’Etat aurait choisi pour les représenter.

Il est dommage quand on le constate, de se désoler du fait que, malgré toute la fierté que les Casamançais placent en Benoit Sambou présent pratiquement chaque semaine en Casamance, l’Etat ne le considère que comme ministre conseiller personnel du Président Macky Sall. Sauf respect, quel égoïsme princier !

Les menus reconnaissances distillées ici et là au membre du parti à travers des postes de ministres conseillers sans portefeuille et autres (Moustapha Lo Diatta, Ami Angélique Manga…), ne suffisent pas à convaincre les Casamançais qu’ils sont représentés.

Osons souligner que, si l’Etat-nation c’est bien Nous (tous), alors une grande partie de la Casamance est lésée au nom d’une sanction politique. Les Casamançais sont obligés de se retourner vers tout premier venu en qui il voit la capacité de défendre leurs passions culturelles. La preuve, il est arrivé qu’on vienne nous solliciter croyant que nous pouvions aider à trouver un ministre casamançais qui pourrait les encourager dans ce qu’ils font par une visite de terrain. Ces Casamançais-là, veulent partager le fruit de leurs efforts avec de vrais ministres issus de leurs terroirs, pas des inconnus. Et parce que nous étions auprès d’eux pour parler de l’avenir de notre région, ils voyaient déjà en nous quelqu’un d’influent. Or, nous n’avons aucun mandat ni la prétention d’être capable de parler au président de la République même pas à travers nos écrits ou peut-être par l’intermédiaire de responsables politiques que nous connaissons.

Nous avons là, la seconde conséquence d’une telle situation d’absence de repères. Elle établit la possibilité d’une concurrence autodestructrice en Casamance. Car, n’importe quel illuminé imbu de son orgueil, de son avidité et de son ignorance des réels enjeux, peut facilement avec des moyens financiers rallier les populations à sa cause avec de fausses promesses. Notre inquiétude bien évidemment englobe aussi le fait qu’une telle situation alimente les luttes de positionnement au sein du parti au pouvoir.

Ne faisons surtout pas semblant de croire que les divisions des élites politiques casamançaises au plan national n’ont aucune conséquence sur le terrain. Elles se prolongent jusque dans le maquis. Le Président de la République aurait pourtant pu tirer les leçons des luttes de positionnement qui exaspérèrent la situation de paix en Casamance.

Monsieur Babacar Justin Ndiaye qui s’y connait mieux que nous pourrait corroborer le fait que les différentes tentatives pour combattre Robert Sagna dans le Parti Socialiste et jusque dans sa région eurent comme conséquence l’exacerbation des divisions internes au MFDC à l’époque du régime du Président A. Diouf. Le pire ne fut-il pas frisé sous le régime libéral du Président A. Wade avec les assassinats politiques que l’on fit porter au même MFDC.

Le MFDC a bon dos certes ; mais l’indiscipline tolérée dans les différents partis politiques en Casamance, qui n’est rien d’autre que le camouflage d’un combat mortel mené au niveau national contre les élites casamançaises, ne saurait être perpétuellement exonérée.

Le régime APR n’échappera donc pas au même syndrome qui présente les fils de la Casamance comme ceux qui doivent persévérer dans l’effort sans jamais être récompensés comme il faut par l’Etat. Et il suffit qu’il y ait un fils de la Casamance dont on soupçonnerait une certaine proximité avec le chef de l’Etat qui l’apprécie pour ses qualités, pour qu’on essaye par tous les moyens de l’abattre.

Nous sommes prêts à gager ici qu’il existe déjà une foultitude de rapports défavorables contre les fils de la Casamance en qui le président de la République a confiance, quitte à utiliser les Casamançais contre eux-mêmes.

C’est une conclusion que nous tirons encore une fois de la cacophonie totale dans laquelle le parti au pouvoir est en Casamance. On ne sait plus qui est qui, et chaque supposé leader essaye de faire son chemin en tentant d’entraver celui de son camarade de parti. Il y a autant d’autres faits d’adversité qui nous font dire qu’en l’absence d’un responsable politique régional élevé au rang de ministre avec un portefeuille, tous les responsables se croiront au même pied d’égalité et se berceront du rêve ambitieux de potentiels ministrables aux dépens même de l’organisation hiérarchique de leur parti. Il faut donc y remédier le plus rapidement possible, car les Casamançais veulent passer à autre chose.

Notre propos n’est point celui de simples revendicateurs de postes ministériels pour les Casamançais ; mais celui de gens porteurs d’un message des populations. Ils sont nombreux à travailler anonymement et patiemment pour l’entente des Casamançais. Ils ont décidé de devenir des pêcheurs de femmes et d’hommes au nom de la paix et du développement de la Casamance.

Le président de la République le sait, il y a comme une mystique de la paix en Casamance et il a bien raison d’encourager le processus en cours. Pour cela et pour aider les acteurs sur le terrain, il doit aussi penser à remédier à la question de la visibilité de la Casamance dans le gouvernement partant dans l’Etat post Acte III de la décentralisation. Et, du même coup mettre fin aux querelles politico-politiciennes dans l’APR au nom de la discipline et de la pacification au sens large en Casamance.

Il faut s’y mettre rapidement, vu que le Sénégal subit déjà le syndrome du “Yakamti Yaxati” (de l’homme pressé qui refait les mêmes erreurs), du “waxlo kaadu ngur” porté par une minorité de l’opposition – les damnés politiques qui n’ont pas encore surmonté leurs échecs – qui coûte que coûte veut de nouvelles élections avant l’heure et sans respect des institutions. Ainsi, nous allons donc vers des querelles politiciennes incessantes qui vont empêcher encore davantage de faire le bilan du travail accompli – ou non- en Casamance, comme dans l’ensemble du pays d’ailleurs.

Ainsi donc, parce que depuis maintenant plus de 16 mois, une bonne partie des populations casamançaises n’ont pas de référent politique, de ministre avec portefeuille qui puisse accompagner la mise en place du territoire test Casamance. Il n’existe pas de liant symbolique et surtout corrélatif entre l’Etat et les populations casamançaises. Conséquemment, les acquis des premiers choix politiques qui permirent aux Casamançais de se reconnaître à travers certains ministres – [agriculture-jeunesse-emploi-citoyenneté – Pêches et Affaires maritimes] qui n’étaient pas associées à la question de paix, qui elle, a été confiée à des hommes expérimentés au sein du GRPC – ; ces acquis disions-nous, sont mis en jeu. Dommage qu’une promesse politique en vienne à empêcher d’agir en accord avec l’Acte III de la décentralisation en Casamance qui a besoin d’un ministre casamançais à la fois proche du chef de l’Etat et des populations casamançaises.

Encore une fois, c’est à retenir ; ce que nous traduisons là, n’est point un propos gratuit, mais le sentiment qui nous a été partagé par les populations casamançaises que nous avons rencontré en cette fin de l’année 2015. C’est donc leur vœu le plus cher pour cette année 2016 !

LA RÉPUBLIQUE DES DÉMIURGES ET DES RÉFUGIÉS SOCIAUX

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Abdou.Ndao@ndukur.com

Notre république, c’est connu est un véritable souk discriminatoire. Le peuple sénégalais, dans une complicité synchronisée, continue de détourner un regard sélectivement manichéen. Il se délecte de voir Karim Wade en prison en justifiant son statut carcéral bruyamment. Il ne pipe presque mot de celui d’un Bethio Thioune le plus officiellement accusé de meurtre, libre comme l’air. Pourtant la DIC, cette relique wadienne qu’il faut réformer – au-délà de ses autres fonctions de protection territoriale – est si prompte à cueillir des opposants d’opinions aux heures glaciales et matinales. Une psychologie jouissive de l’humiliation d’un instrument politique aux mains de politiques oublieurs des principes de démocratie et d’équité républicaine.

Qu’est ce qui nous est tombé sur la tête pour mériter ces forfaitures ? C’est parce que les sénégalais aiment les “démiurges”. Il suffit d’analyser, pour mieux répondre à cette question, la fascination qu’exercent ces nouveaux cercles quasi prophetiques (Bethio, Kara, les Moutarchidines de Serigne Moustapha) sur cette large frange de réfugiés sociaux.

Ces démiurges sont baroques à souhait. Ils sont a usages multiples. Ils vendent aux réfugiés et reclus sociaux les rêves ou les illusions que les politiciens ont volé aux jeunes. Ils servent de faire valoir aux politiques pour justifier les bourrages des urnes et pour légitimer la décision dite divine qui nomment les “mborow rew” (président de la république). Ils se sentent démiurges face à une république de démissionnaires hors des sentiers d’équité et de responsabilité républicaines. Ils peuvent exhiber des milliers de pilons pour menacer d’autres milliers de sénégalais en présence du premier magistrat du pays. Ils peuvent défiler à l’effigie des grades militaires les plus solonnels et sacrés d’une armée nationale qui dévie le regard. L’honneur est sauf.

Pourtant, il suffit que Omar Sarr, des responsables d’un PDS tout aussi arrogant durant son apogée, ou des journalistes commentent les propos d’un Lamine Diack décevant et déchu, pour que le Procureur de la république, sous les liens de la détention ministérielle et présidentielle, se réveille d’un coma sélectif. Pourquoi devons nous respecter cette république de démiurges qui peuvent s’autoriser toutes les permissivités. Au nom du parti. Au nom de la confrérie.

Ce pays va à la dérive. Parce qu’au nom du parti et de la confrérie, des franges importantes sont hors de la légalité. Des cercles importants du parti et de la confrérie sont convaincus d’être au-dessus d’un patrimoine national commun protecteur de la stabilité et de la sécurité de notre jeune nation. Au nom d’un obscurantisme religieux sans fondement, des cercles entiers d’une république de reclus et de réfugiés sociaux sont en quête d’absolu. Manipulables à souhait. Et si le général officieux décidait de prendre la place de notre Général ? Et si le porteur en chef des pilons décidait d’attaquer notre Général ?

Face à ces dérives, seul un long processus d’éveil des consciences pourrait nous sortir d’une impasse qui risque de nous mener vers l’enfer terrestre. De tous points de vue que nous scrutons Ndumbelaan, on se demande avec anxiété qui finira par diriger cette “république ” ? Leuk-le-lièvre ou bouki -l’hyène ? En attendant, les démiurges dans une insolence caractéristique des vainqueurs, continuent de narguer une république couchée. C’est pourquoi, aussi paradoxale que cela puisse être, nous avons besoin de CRISE, seule issue pour nous regarder enfin dans un miroir hypocritement brisé. Nous avons besoin de cette crise pour mettre un coup de pied dans la fourmilière. L’homo senegalensis a besoin de cette crise véritable qui est catalysatrice de renouveau et de refondation nationale. La stabilité est un atout. L’instabilité ou la crise aussi. Cette république a besoin d’être “détruite” pour être refondée sur des bases profondes porteuses de renouveau vertueux et d’équité républicaine.

Car, beaucoup de ces réfugiés et reclus sociaux prennent des vessies pour des lanternes. Face à l’incurie de tous ces charlatans et policards, ils finiront inéluctablement par se réveiller, tenaillés par le chômage et la désillusion. Ce momentum va arriver. La question est de savoir, s’il est possible de canaliser ces “indignés ” vers une voie alternative qui sera faite de travail, de vérité, de justice et de patriotisme réel. Le gros problème de ce pays est de le mettre au travail et d’amener les gens à réaliser que les raccourcis relèvent d’un ordre ancien. Les baye fall parlent de “Niax jeriñu”. Voilà qui suffirait de programme si on en saisit toutes les implications de gouvernance vertueuse. Car dans notre pays, la notion de sacerdoce à disparu du champ lexical, depuis belle lurette.

Nous sommes en pleine “tragédie des communaux” donnant connaissance à ces formes d’accaparements collectifs. Ce qui est dramatique, parce ce sont des stratégies perdant-perdant. Le pays recule, les “forces” se neutralisent en usant de formes de compromission perpétuelle (transhumance, chantage, reniement, délation…). Et les victimes sont les “militant(e)s” et les “talibés” toujours à la recherche de sponsors pour entretenir qui la marmite, qui l’espoir. Qui pour échapper au “lynchage” ou bénéficier des “faveurs”, qui pour ceux ou celles qui pour l’instant tiennent le bâton et la carotte. Qu’ils se nomment Faye, Sall, Wade ou Diouf ne change rien aux jeux des acteurs de la tragédie. De temps en temps une “affaire” vient faire diversion et permet aussi aux “initiés” de resserrer les lignes et de réitérer les engagements de “fidélité ” au pacte de sangsues, car ils n’ont pour dessein que la prédation du pays et le statut quo.

Pouvons nous continuer à détourner le regard ?

Photo : Matar Ndour, 2015. Séance de danses à Kabrousse, Basse Casamance, Sénégal

ANKN

LES PARANGONS DE LA REFONDATION NATIONALE

Abdou Ndukur Kacc Ndao

Abdou.Ndao@ndukur.com

Janvier est là. Tout comme lundi. Certains se réveilleront avec une gueule de bois digne des partisans véritables de Bacchus. Les festivités furent longues. Premier lundi d’un janvier. Une occasion de réfléchir sur notre pays.
Son premier serviteur déjà servi par une République généreuse est déjà en campagne électorale. Il a appris de ses aînés. Il va continuer à débaucher loin des sirènes protestataires et partisanes d’une vertu politique imaginaire. Les trous sont encore infestés de rats qui sortiront selon une cadence savamment orchestrée du côté du boulevard de la république. On aurait pu la débaptiser boulevard du parti.

Dans cette campagne électorale permanente d’un président obsédé par une réélection hypothétique, le gentleman a commencé le déploiement de son charme auprès des belles cités religieuses. Il faut moderniser des cités confrériques souvent plus riches qu’une république qui se targue d’avoir 3000 milliards de CFA de budget national. Sans doute l’équivalent du petit déjeuner journalier de l’armée américaine.

Il est vrai que depuis si longtemps, la sphère religieuse et la sphère affairo-politicienne ne font qu’une. Certes, il faut éviter les généralisations d’un comportement de classe très hétérogène et complexe. Il reste que la permanence historique de cette colision d’intérêt est une donnée sociologique établie. On peut d’ailleurs se demander si Wade n’avait pas raison lorsqu’il invoquait sa capacité à “inféoder” même les parangons de la vertu. Le jeune président a bien appris ses leçons. Il drague comme un Samba Linguère à coups de milliards laissant ses Diamalee (concurrents ) hors de sa portée. Sans doute cette débauche d’argent ne provient pas de ses poches ni de celles de son parti.

En effet, nous sommes loin du temps où les militants de base se cotisaient pour financer l’action politique. Cette déviance est un des facteurs cles qui explique tout le reste y compris le dévergondage politique dominant. Nous sommes dans un vaste souk politique et social ou tout se marchande. On y recrute des dames de compagnies, des figurants, des crieurs publics, des pleureurs et un clergé aux ordres pour tout légitimer.

Il nous faut intégrer cette donnée dans la réflexion si nous voulons refonder notre si mimétique république. Il ne sert a rien de refuser de voir cette réalité qui a gangrèné et nos foyers et notre espace public. Nous sommes à l’ère de la suspicion …celui qui se lève le premier demande gaillardement aux autres de se recouvrir …De quoi avoir peur. Nous pouvons énoncer toutes nos théories d’intellectuels, mais il faut que nous interrogeons l’homo senegalensis.

La notion de Ngor qui a été pendant très longtemps érigée comme le pendant de Dinne (la religion peut importe laquelle) a laissé la place à un vacum. Il est significatif de voir comment notre société se délecte quand une “icône” tombe. Taiba Soce, Thione Seck, Lamine Diack, Abdou Latif Coulibaly , Ousmane Ngom, Djibo Ka ou Ismael Madior Fall, etc. Finalement ils sont tous comme nous. “Papa Thione” et ” Paa Diack ” rassurent notre société sur notre sénégalité. Les autres se gardent bien de critiquer, car la question est juste de savoir pendant combien de temps, le ” masque social” va demeurer.

Pourquoi Doudou Ndiaye Coumba Rose n’a pas eu son école de percussion? Pourquoi la plupart de nos aînés de la gauche sont morts dans la misère ? Il nous faut arrêter de nous “mentir” dans nos forums et cercles de réflexion presque par pudeur ou duplicité. Nous avons besoin tous d’une introspection. On appelle cela le génie ou l’exception. Il s’agit de cette capacité senegalaise à faire du “masla ” jusqu’à faire du “massaale” en gommant les questions de fonds qui entravent toutes les alternatives vertueuses et porteuses de développement juste et équitable.

En parcourant ce pays dans ses profondeurs avec d’autres, nous évaluons tous les jours les signes dune profonde fracture. Nous nions le droit des gens du sud et de l’est à avoir le minimum vital. Nous mettons des centaines de milliards de FCFCA dans le confort de nos cités religieuses. Nous sommes pas capables de mettre des milliers de FCFCA pour réparer ou construire un petit pont de passage pour des compatriotes déconnectés pendant un semestre de leur pays. Nous mettons des milliards pour débaucher des courtiers politiques en perpétuels recyclages, nous ne sommes pas capables de répondre aux enjeux d’un chômage des jeunes pandémique. Pourquoi ? Parce qu’au Senegal, la confrérie comme le parti joue le rôle d’ascenseur social et de couverture pour toutes les impunités.

Un jour ou l’autre nous payerons chers cette désinvolture politicienne qui fait de notre pays, un véritable merdier discriminatoire.