TAXI – CLANDO

On a souvent reproché à l’Empereur déchu une inconstance dans sa démarche politique, l’absence de cohérence entre sa théorie et sa pratique. On disait de lui avec humour qu’il virait à droite après avoir clignoté à gauche et vis versa. C’est cette pratique dont le fameux « maako waxoon, waxeet » qui fut la goutte de trop qui a fini par l’emporter. Peut être pour toujours, même si « l’ancien spermatozoïde  futur cadavre», croit encore pouvoir renaitre de ses cendres.

Introduit par un esprit machiavélique qui ne voyait qu’une bête de somme sans ambition autre que de servir son maitre, le Gladiateur s’est subtilement mué en conducteur de taxi clando. Sans licence sans assurance, il est entré dans la circulation par effraction, décidé à imposer sa loi en se moquant bien des règles qui la régissent. Dans sa guimbarde sans marque et sans immatriculation, sans frein et sans destination définie, il a embarqué et continue d’embarquer hommes, bagages et animaux, malades et sujets sains, des vivants et des morts, au propre et au figuré. Des voyageurs de toutes les confessions et de toutes les idéologies, allant dans toutes les directions s’y retrouvent, même si certains lui prêtent à tort ou à raison de faire une place belle à une caste que l’on évite de nommer par pudeur et que seul l’instinct grégaire rassemble autour de sa personne.

Au sein de la fournaise, tout le monde se plaint. Ceux qui sont embarqués, mais aussi tous les patriotes soucieux de l’avenir de Ndoumbélaan, qui le regardent depuis les trottoirs, tanguer dangereusement vers les abimes certains, plus proches que lointains. Et puisqu’il est tout aussi dangereux d’en descendre si ce n’est pas tout simplement impossible, les malheureux passagers qui n’ont pourtant qu’à s’en prendre à leur naïveté, se crêpent les chignons.

Manipulateur à souhait sans être un tribun, il sait faire accepter aux passagers en partance vers le  du nord qu’il les mènera à destination même s’il fait  manifestement cap vers le sud. Il sait rassurer ou du moins juguler les humeurs de ceux qui vont à l’est alors qu’il se dirige vers l’ouest, en brandissant le sabre au-dessus des têtes qui ont quelques choses à se reprocher ou au dire du journaliste violeur, en dégainant  périodiquement des millions pour étouffer les plaintes.

La goulache tropicale du Gladiateur a ainsi enfanté d’un parti d’officiers sans hommes de troupe dans lequel d’illustres inconnus génétiques savourent les délices du pouvoir à coté de brillants cerveaux qui se crétinisent, bloqués dans leurs élans créateurs comme des bolides dans un embouteillage. Le Gladiateur a :

  • promu des « généraux sans armée» dont le premier autoproclamé et qui fut l’un de ses compagnons historiques, a fini par jeter les armes, rangé au tiroir des non-partants.
  • décapité les états major de ses alliés en séparant subtilement et sans effusion de sang, les têtes des corps en convulsion
  • Désarticulé l’opposition en lui tordant le cou, créant un monstre contraint de marcher à reculons pour ne pas sauter sur les pièges multiples sur son chemin posés. Dans cette configuration, l’opposition balkanisée se cherche à travers une agglomération sans liant et donc sans lendemain de forces manifestement contraires, voire antagoniques.

Si tout le monde  s’accorde sur le fait que le Gladiateur est loin des promesses qui l’ont porté au pouvoir, ses partisans semblent dans l’incapacité de formuler ou de lui faire entendre une note positive. Et en dehors du radical auteur des versets sataniques qui ne saurait se satisfaire d’autre chose que du fauteuil du Gladiateur dont il se croit injustement privé, la majorité des composantes de l’opposition se confond à une marchandise mise aux enchères qui attend la bonne offre du maitre du jeu pour entrer dans ses grâces.

Le récent « bal poussière » avec entrée libre et gratuite que l’Assemblée Nationale vient de nous gratifier n’est-il as révélateur d’une république ayant perdu tous ses repères ? A quoi donc servirait une alternance si les futurs prétendants ne se battent que pour des avantages personnels au sein de l’hémicycle où ils sont sensés défendre l’intérêt de leurs mandants et justement au moment Ndoumbélaan vient d’être rétrogradé au 25ème rang des nations les plus pauvres de la planète ?  D’ailleurs, parmi toutes les promesses en souffrance, le sentiment le plus partagé est que l’opposition ne se focalise que sur la réduction de la durée du mandat qui reste après tout, une simple promesse de campagne parmi d’autres infiniment plus importantes pour Goorgorlu et les siens.

On peut donc dire sans risque d’être démenti que si son unique but est de régner, le Gladiateur encensé par une bande de laudateurs qui cherchent à lui créditer d’imaginaires hauts faits d’armes de prétendus ancêtres vainqueurs du lion du pole nord et de l’ours du Sahara, est manifestement entrain de poser les bons jalons. Dans son attelage bombardé de tous les superlatifs pour porter Ndoumbélaan vers l’émergence, ne vient-il pas enfin après trois années d’essayage de porter le premier « homme qu’il faut à la place qu’il faut » sic. Y’en aura-t-il d’autres ?

Si par contre, son ambition est de gouverner, alors tout porte à croire qu’il va vers un échec cuisant, lourd, et même très lourd de conséquences. Il est en effet beaucoup plus simple de régner que de gouverner. Il suffit de beaucoup de muscles kaki, un distributeur automatique de billets de banque, un soupçon de cynisme qui range aux oubliettes les immanquables peines infligées aux Goorgorlus sans défense, une poignée de flagorneurs pour chanter des louanges auxquels personne ne croit réellement.

Mais puisqu’il faut en toute chose considérer la fin dialectiquement programmée, le Gladiateur saura certainement faire face à l’histoire. A moins qu’il n’ait déjà fait son choix.

BANDIA, Octobre 2015

 

 IDENTITÉS ETHNIQUES ET REFONDATION DE NOTRE ETAT

Abdou Ndukur Kacc Ndao, Socio-anthropologue, Sénégal
Khadim Ndiaye, Philosophe, Canada

 

Depuis quelques temps, de façon explicite, un débat très controversé sur les tendances jugées ethnicistes du Président Macky Sall se développe dans l’espace public national. Une tendance de plus en plus expressive et indignée reproche au pouvoir actuel de nommer par affinité ethnique aux différents postes de responsabilités stratégiques du pays. Une autre tendance estime que c’est un faux débat et une posture dangereuse pour l’unité nationale. Une autre préfère s’abstenir pour éviter de réveiller les démons des débats ethnicistes. Comme tout débat de cette nature, les passions se déchaînent et prennent le dessus sur les argumentaires et la distance critique.

Notre Groupe est interpellé sur cette question nationale qui renseigne aussi sur les imaginaires, les vérités de façade sur notre unité nationale, le modèle de construction étatique que nous voulons promouvoir, les instrumentalisations politiques.

En attendant le débat, signalons les éléments factuels suivants :

1. Les dernières nominations du Président Macky Sall et la persistance de cette posture ethnique depuis qu’il est à la tête de notre pays sont inquiétantes. Par exemple, des politiciens de son parti ne se sont pas gênés pour dire à qui voulait les entendre qu’ils ont mobilisé tel ou tel groupe ethnique en vue de sa réélection. Il faut dénoncer ces faits à haute et intelligible voix pour qu’il se ressaisisse.

2. Cette question de l’unité nationale ou de l’ethnicisation relative de certaines sphères ou des imaginaires dépassent le Président Macky et a une grande profondeur historique. Nous avons toujours feint de gommer artificiellement les contradictions internes de notre nation et du rapport aussi des minorités ethniques dans la gestion du pouvoir. Toute la région sud du pays ne se sent pas à proprement parler sénégalaise tant les décrochages et les déconnections sont profonds. Il faut accepter cette donnée factuelle qui est le résultat d’une mauvaise planification économique et politique. Poursuivre cette auto-glorification artificielle est un déni de la réalité qui nous rattrapera un jour.

3. Il est vrai que notre pays dispose aussi des atouts socio-anthropologiques et démographiques comparatifs qui maintiennent son “unité nationale”. Au plan socio-anthropologique, les cousinages à plaisanteries sont devenus des remparts importants dans la consolidation des fraternités ethniques. Au plan démographique, la structure de notre population est idéale pour éviter les conflits ethniques : Wolof 43.3%, Pulaar 23.8%, Seereer 14.7%, Joola 3.7%, Mandingues 3%, Soninke 1.1%. Il n’existe par conséquent pas de groupes ethniques capables avec cette configuration d’écraser à lui seul les autres. Les autres avantages comparatifs de notre démographie sont contenus dans le rapport du dernier recensement de l’ANSD (2013) : “en décembre 2013, la population résidente au Sénégal est évaluée à 13 508 715 habitants dont 49,9% d’hommes et 50,1% de femmes. Cette population se caractérise par sa jeunesse. L’âge moyen de la population est de 22,7 ans et la moitié de la population à 18 ans (âge médian)”. Avec un age moyen de 22.7 ans, notre pays a objectivement des chances de réfléchir et de poser des actes significatifs pour renforcer son unité nationale et le modèle d’Etat que nous voulons construire.

4. En réalité, la résurgence de ce genre de débat enfoui artificiellement dans nos imaginaires ou dans le secret des nos consciences, est symptomatique de l’inadaptation de notre modèle étatique. Au delà du débat actuel qui est salutaire pour interpeller aussi les politiques sur la vigilance extrême qui s’impose à eux pour qu’ils ne « brûlent » pas notre pays, une réflexion approfondie s’impose sur la construction de notre Etat. En cela, notre Groupe est interpellé pour jouer sa partition et pour mieux appréhender les complexités de cette question.

ANKN & Khadim Ndiaye

PS : Ce texte n’engage pas le Groupe Refondation nationale.Il est juste une réflexion préliminaire engagée par moi même et Khadim.

Illustration photos : Matar Ndour, Masque bassari

LES ROYAUTÉS EN PAYS AJAMAAT : ENTRE DÉCONSTRUCTION ET HÉRITAGE

IDENTITÉS CULTURELLES. PROJET ETHNO-PHOTOGRAPHIQUE. SYMBOLES ET SIGNES : ENTRE IMAGINAIRES ET RÉALITÉS

FROM TENDA TO AJAMAAT. ITINÉRAIRES ETHNO PHOTOGRAPHIQUES DES CULTURES INVISIBLES DU SUD DU SÉNÉGAL

PREMIERE PARTIE : LES “ROIS” ET “REINES” AU PAYS AJAMMAT (sud Gambie, sud Sénégal, Guinée-Bissau) : ENTRE CONSTRUCTION COLONIALE ET LIMITES EPISTEMOLOGIQUES

Akandijack Akinto Di-Jack, Historien
Abdou Ndukur Kacc Ndao, Socio-anthropologue
Matar Ndour, Photographe
Email: ethno.photo@ndukur.com
www.ndukur.com

Dans la rédaction de ce papier, nous avons tenu à échanger avec notre ami Akandidjack sur l’hypothèse selon laquelle il faudrait nuancer l’interprétation de la notion de « Roi/Reine » en Basse-Casamance, et plus globalement au pays Ajamaat. Et voici ce que nous en tirons comme analyse qu’il ne voudrait pas pour autant catégorique.

En Casamance, on trouve de nos jours des personnages illustres qui portent le titre de «Roi ». Dans la logique des traditions Ajamaat, on tient ainsi à leur attester le droit d’être reconnu dans leur communauté comme chef et juge traditionnel suprême, le «Evvi ». Le « Evvi » est celui qui sauve du péril qui risque d’éloigner son peuple de la spiritualité des ancêtres.

Pour autant, dans une société Ajamaat reconnue pour son absence d’hiérarchie sociopolitique, le rôle politique dudit roi est très limité : c’est-à-dire que celui qu’on appelle ici Roi, n’est pas un homme qui règne. C’est un prêtre connu et reconnu par son peuple !

Or, ce sur quoi on se base aujourd’hui pour parler de « Roi » en Casamance, s’accorde plus avec les débris de la colonisation (inspiration L. Sédar Senghor) qui avait tenté d’exploiter l’influence des Prêtresses et Prêtres pour en faire des « Rois » et donc ses potentiels représentants.

Prenons l’exemple connu de l’héritage de Faidherbe et son impôt de capitation qui fut exigé en 1861. Etant entendu qu’il était difficile donc de trouver en Casamance des personnes prêtes à être instituées en chefs pour aller demander à leurs administrés de verser un impôt (en bœuf ou en riz). Les administrateurs coloniaux combattirent en premier les « prêtre/sses traditionnell(e)s » qui furent les premier(e)s “à prôner le refus de ce droit étranger qui extorquait aux paysans des richesses sacrales (riz et bovins) indispensables aux rites et à la survie des traditions” (Philipe Méguelle, L’Harmattan, 2012).

Conséquemment, « Prêtresses et Prêtres » défenseurs du droit traditionnel et qui – par leurs appels pour le respect des traditions et du sacré au dépens de toute forme de collaboration avec le colonisateur, se projetaient au-devant de la scène politique – allaient se retrouver sous la dénomination (politique) de “Rois”.

D’ailleurs, en s’attaquant à certain(e)s de ces prêtres et prêtresses [mise(s) en prison (Alañ-Diso…), déportation (Aliin Sitoé…)], le pouvoir colonial n’hésita pas à imposer de nouveaux (prêtres et prêtresses) désormais élevés au statut de « roi/reine » à l’image de la « Reine Sibet » par exemple.

Voilà comment de génération en génération, «Prêtres et Prêtresses » du Pays Ajamaat allaient porter le titre de « Roi/Reine » dans l’histoire contemporaine du Sénégal.

On s’étonne d’ailleurs pourquoi, ce ne sont que les supposés « Joola » qui ont des «Rois», alors même que les « Manjacques » et autres « Baçuki/Felupes » (autres identités Ajamaat) en Guinée-Bissau ; ont aussi des «Prêtres/Prêtresses» qu’on ne définit jamais comme des “Rois/Reines”.

Dans une seconde partie, nous poursuivrons avec Akandijack cette refléxion croisée entre l’historien et le socio-anthropologue, pour mieux saisir les mutations actuelles, les finesses observées dans le management des royaumes, les modes de prises de décisions, les procédures de désignation des “Rois/Reines”, les symboliques du bonnet, du balai et autres attributs, les rapports entre les “Rois/Reines” et les administrations modernes.

DEUXIEME PARTIE : « LES ROIS » : ENTRE LEGITIMTE POLITIQUE ET RESPECT DE L’HERITAGE SPIRITUEL DE LA CIVILISATION AJAMAAT

Dans la première partie de cet article, nous avions mis l’accent sur une critique épistémologique du concept de « Roi » en pays Ajamaat qui est plutôt une construction coloniale. Il est vrai que dans un article récent Dingass Diedhiou et Abdou Ndukur Kacc Ndao, 2015 mettaient l’accent sur l’absence d’une stratification sociale en pays diola comparée à la société wolof telle que décrite par Pr Abdoulaye Bara Diop (La société wolof. Tradition et changement, Karthala, 2012), qui  expose la bipartition principale du système des castes dans la société wolof subdivisées en castes et en sous castes réparties en fonction de leurs métiers et de leurs activités professionnelles traditionnelles. Or cette division et subdivision n’existe pas en pays ajamaat «égalitaire» et qui ne reconnait ni castes des métiers ni classes sociales au sens absolu de ces termes. Même l’existence au Sud (dans le Kassa), de la « fonction royale » qui se perpétue encore n’a jamais donné de « droit ni à un pouvoir temporel absolu, ni à aucune hérédité de statut fondée sur une idéologie biologique implicite ». Bref, l’historiographie est unanime à décrire les Diolas comme des hommes libres, étrangers à toute forme d’organisation sociale centralisée. Dans cette seconde partie, nous revenons pour mieux fonder l’idée selon laquelle, ces « rois » sont en réalité des prêtres et que son usage est très caricatural au regard de leurs fonctions spirituelles.

En effet, l’inexistence d’une harmonisation politique dans la fabrication de la Nation entre les pays du Sénégal (Casamance), de la Guinée-Bissau et de la Gambie où habitent pourtant les mêmes peuples, est l’une des raisons pour laquelle le titre de « Roi » donné aux « Prêtres et Prêtresses » traditionnels de nos jours n’est pas assez performatif au Sénégal en particulier.

En effet, insistons sur le fait que naguère «Prêtres et Prêtresses » du Pays Ajamaat avaient une influence spirituelle qui allait au-delà des frontières géographiques actuelles héritées de la colonisation. C’est ainsi que, que ce soit la prêtresse Alañ Di-So Bassène (dont la fille d’ailleurs vécu en Gambie) ou Aliin Sitoé Diatta, leurs ascendances ne se limitaient pas à la seule Casamance. Elles étaient connues et écoutées dans tout le pays Ajamaat (Gambie et Guinée-Bissau).

Cette conviction de l’idéologie traditionnelle ajamaat telle que portée par les ancêtres, si comparée à la réalité actuelle dans laquelle vit ceux que nous appelons « Rois », permettrait à d’aucuns de pouvoir dire à juste titre qu’elle exista parce qu’ils (Prêtres/Prêtresses) n’ont pas attendu le pouvoir colonial et son système étatique tel qu’il se manifesta dans la colonie pour valider leur statut auprès de leurs populations.

Alors que de nos jours, la démarche à travers laquelle les élites politiques mal averties essaient d’imaginer des « Rois » (constitutionnels) – au-lieu de s’intéresser de près à la manifestation d’un pouvoir religieux traditionnel influent et latent – renseigne sur l’inefficacité du rôle politique qu’on voudrait assigner aux dits « Rois ».

Nous pouvons, désormais parler de « rôle politique desdits Rois », parce qu’ils sont des « Rois » de l’Etat sans « royaume » parce que nous sommes dans une République, et sans influence réelle ou plutôt juste limitée à une poignée de villages ; et sans l’espoir que demain leurs voix puissent se porter au-delà de la petite sphère communautaire qui les reconnait localement.

Cependant, nous croyons qu’il aurait suffi qu’ils se réclament « Prêtres/Prêtresses » héritiers de leurs ancêtres dans le comportement comme dans la pratique, pour que le peuple ajamaat tout entier les soumettent à une épreuve de mesure d’aptitude faisant appel à leurs connaissances qui ne relèvent pas que du rationnel.

En effet, Aliin Sitoé Diatta, Afilédjo Manga… tous ces « Prêtres/Prêtresses » qui s’attaquèrent aux idéologies étrangères (islam, colonisation, christianisme) étaient connus pour avoir une grande responsabilité sacrée.

Certainement donc que, de nos jours, parce qu’ils n’ont plus ces pouvoirs-là, que les héritiers et descendants des familles de « Prêtres et Prêtresses » Casamançais ont préféré se contenter d’une reconnaissance politique (« Rois ») au risque de mettre en jeu l’héritage de toute une civilisation : la civilisation Ajamaat !

Quelle ironie alors, quand leur accoutrement traditionnel devient foncièrement antagoniste à leur contemporanéité ; en ce sens que les « Prêtres et Prêtresses » des années 1914 et plus tard, s’habillaient de façon à symboliser de manière ostentatoire la défaite de toutes les idéologies allogènes en Casamance.

En conséquence, accepter de porter le titre de « Roi/Reine » au sens politique que lui donnerait l’Etat au dépens de celui de « Prêtre/Prêtresse » gardien de la spiritualité des ancêtres est un reniement inavoué de l’identité Ajamaat.

Toujours est-il que, l’une des forces du peuple Ajamaat est et reste celui de sa fierté identitaire et sa capacité à faire face aux possibilités de transformation liées aux influences externes. C’est une forme d’adaptabilité par intégration qui fait que les populations Ajamaat au lieu d’accepter le système colonial, ont préféré ne garder que le chapeau rouge (chéchia du tirailleur sénégalais) comme seul symbole de pouvoir et rejetèrent farouchement le système du colon parce qu’il ne le croyait pas supérieur à leurs codes de vie.

C’est ainsi que les anciens Prêtres d’Oussouye et du Moff ewwi (Terre sacrée/de Prêtres et Prêtresses) portaient la chéchia. Aussi par exemple, dans le Moff-ewwi (englobant dans les traditions : Niaguis-Ziguinchor-Nyassia) qui était un bastion contre l’islam, le « Prêtre » avait comme sceptre la queue de cheval symbole de la lutte contre l’islamisation dans le Pays Ajamaat telle que la mena un héros authentique oublié : Ahoune Sané, dans le Grand-Fogni (la plus grande région du Pays Ajamaat englobant la Gambie). Tandis que dans le Kassa, « Prêtres et Prêtresses » constituaient alors le dernier rempart des traditions avec leurs queues de bovins, et autres balais symboles de nettoyage.

En parlant du sceptre qui est ici un symbole du pouvoir sacré, nous allons nous arrêter ici en soulignant rapidement la question des armoiries, et pour dire que chaque grande région du Pays Ajamaat porte ses armoiries que les mairies issues de la décentralisation pourraient exploiter. Il suffit juste d’interpréter celles de la Casamance naturelle pour comprendre la division géographique du Pays Ajamaat. On a le Grand Fogni où se situe l’influence de la Daba venu s’ajouter au Kadiandou, tandis que la sagaie évoque le Moff-evvi où l’on utilise cet arme et le coq dans certaines cérémonies et ; enfin le palmier enraciné du Grand Kassa symbole de la permanence de la civilisation ajamaat.

Identités culturelles, un projet ethno-photographique pour rendre visibles, les cultures invisibles du Sénégal.

@ Octobre 2015. Projet Ethno-photographique, Matar Ndour & ANKN

 

BULLETIN FRANCOPHONE DES NEGOCIATIONS SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

La France va accueillir et présider la 21e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 2015 (COP21/CMP11), aussi appelée « Paris 2015 », du 30 novembre au 11 décembre 2015. C’est une échéance cruciale, puisqu’elle doit aboutir à un nouvel accord international sur le climat, applicable à tous les pays, dans l’objectif de maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C.

Ce Bulletin Francophone des Négociations sur les Changements Climatiques  publié par l’OIF / IFDD en partenariat avec l’IIDD, Médiaterre et l’Université Senghor, fait le point notamment sur l’état d’avancement des négociations, des principaux enjeux (objectif mondial d’adaptation, engagements collectifs et individuels), des questions repoussées à un examen ultérieur.

La coordination scientifique de ce bulletin numéro 1 est assurée par notre compatriote Arona Soumaré. 

Ci dessous le lien du Bulletin.

https://drive.google.com/file/d/0B4WQavBocPJXS19MTlpjTFBMeTg/view?usp=sharing

UNE SI LONGUE PAROLE

Amadou Elimane Kane
Ecrivain – Poète 
Les éditions Lettres de Renaissances ont le plaisir de vous annoncer la parution du dernier récit d’Amadou Elimane Kane Une si longue parole.
Fatimata a quarante-deux ans et est confrontée au mensonge moral de son mari. Dans une longue parole, elle nous raconte son histoire, son enfance, ses années d’études, son mariage, son destin d’avocate et son engagement profond pour défendre la justice, quel que soit le visage de celui qui a trahi.
 
Roman incarnant la féminité remplie d’une énergie solaire et créant un territoire littéraire inédit entre prose et poésie, Une si longue parole est un hommage aux valeurs universelles qui défendent la justice, l’équité et la fidélité aux idéaux engagés au profit de l’humanité. La promesse d’éthique par la parole, qui s’inspire des épopées culturelle africaines et de la mémoire de celles-ci, est profondément récit à travers la voix délicate de Fatimata qui nous emporte dans les épisodes de sa vie tout en inventant un nouvel univers entre fiction et histoire. Une si longue parole achève la trilogie des récits L’ami dont l’aventure n’est pas ambigüe et Les soleils de nos libertés, publiés en 2014 aux éditions Lettres de Renaissances.
https://drive.google.com/file/d/0B4WQavBocPJXblBRdnBSOG40U2s/view?usp=sharing