ROYAUME DE OUSSOUYE : BUTIN BULETT

A partir de ce Lundi 23 mars 2015, sur instruction de la Cour Royale, tout le Royaume d’Oussouye est suspendu, pendant une semaine au “Butin Bulett”. Le Butin Bulett signifie littéralement en Diola “que personne ne bouge”. Cette fête permet au Roi de procéder à des rituels particuliers à l’endroit de ses populations auxquelles il doit protection. Pendant une semaine, il est normalement interdit aux habitants de son royaume de sortir. 

Cette interdiction frappe plus strictement les femmes qui doivent être confinées à la maison et qui ne sont autorisées sous aucun prétexte à participer aux rituels. 

Texte : Abdou Ndukur Kacc Ndao 

Illustrations photographiques : Matar Ndour 

Caméraman : Benoit Fader Keita

 

 

LE “ROI DE MLOMP”

Siboukiane Sambou, Roi de Mlomp Kassa dans ses attributs. Il s’agit plus d’une fonction de “prêtrise” que politique. Il est vrai qu’il reste politiquement influent au regard de sa stature symbolique et de gardien des normes et principes de cohésion entre les ethnies de son “Royaume”. Il joue aussi une fonction sociale importante en aidant les indigents et autres groupes vulnérables. 

Le “Roi” est une fonction à vie. Sa désignation ou nomination obéît à des rituels complexes et des critères précis qui ne sont pas fondés sur l’hérédité familiale. Le “Roi” reste encore en Casamance, une personnalité spirituelle très respectée. 

Texte : Abdou Ndukur Kacc Ndao, Socio-anthropologue

Photos : Matar Ndour

Cameraman : Benoit Fader Keita

LE KABISSEU DE DJIBONKER, NYASSIA

Tam-Tam sculpté à base de Caïcédrat. Il est un puissant instrument d’information et de communication sociales. A Djibonker dans le Nyassia, au cœur de la la Casamance, depuis 1952, ce tam-tam immobile appelé aussi en Diola Kabisseu ou Djokourimane en Bainounk, est utilisé notamment pour informer les populations de la mort d’une vieille personne. 

Seuls les initiés ont le droit de l’utiliser. Ce “téléphone diola” est un des éléments culturels constitutifs de la culture casamançaise. Il est vrai que nous en rencontrons de moins en moins. Il reste qu’il constitue une oeuvre esthétique et musicale impressionnante qu’il faut classer dans notre répertoire culturel national.

Equipe Studio de Brousse

Texte : Abdou Ndukur Kacc Ndao

Photos : Matar Ndour

Cameraman : Benoit Fader Keïta

 

Journée Internationale de la Femme : Ëmën Cëma Bësuwar Bëdik

Une femme Bedik dans un jardin communautaire de Bandafassi, Kédougou au Sénégal. Une façon de célébrer le travail immense accompli par les femmes rurales loin des séminaires et autres festivités mondaines. Ëmën Cëma Bësuwar Bëdik (Merci aux femmes Bediks).

Texte : Abdou Ndukur Kacc Ndao

Traduction : Benoit Fader Keïta

Photo : Matar Ndour

LE VILLAGE DE ITATO : CENTRE DE TRANSIT ET DE VENTE D’ESCLAVES ?

Itato, village Peul situé à quelques encablures de la Commune de Kédougou, en allant vers Dindefelo. Un village qui, selon les imaginaires et représentations, abritait un Luma (marché) de ventes d’esclaves. Les baobabs où étaient attachés les esclaves restent encore bien visibles sur la route qui mène vers le Kambiluru (trous/fosses profondes) en langue Peule.

Le Kambiluru était l’endroit où on jetait les esclaves récalcitrants. Tirant sa source du Fleuve Gambie, cet espace au grand trou reste encore visible à vue d’œil.

Il reste que plusieurs versions circulent et leurs véracités et la matérialités sont encore sujettes à caution. De quoi dépêcher une mission archéologique pour vérifier l’existence de ces versions qui accréditent les thèse d’un Itato comme centre de transit et de marchants d’esclaves.

Texte : Abdou Ndukur Kacc Ndao, Socio-anthropologue

Photos : Matar Ndour

Assistant Cameraman : Benôit Fader Keïta

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NIATHIOUROUNGAL, LA FETE DES FEMMES MARIEES BEDIK A BANTATA

Chaque 4 ans, se tient à Bantata, dans la Commune de Tomboroncoto, département de Kédougou, le Niathiouroungal, fête des femmes mariées. Une cérémonie qui a regroupé une centaine de femmes mariées pendant 48 heures aux sons et danses du Niathiouroungal. Sur la place publique, sous la supervision du vieux Moussa Camara, chef de coutume des villages de Bantata et Bandafassi.

Une danse pour magnifier le mariage et la fertilité des femmes. Elle a pris fin par une longue procession des femmes entre le grand caïcédrat et une place désignée à cet effet.

Texte : Abdou Ndukur Kacc Ndao, Socio-anthropologue

Photographe : Matar Ndour

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AU SOMMET DE ETHIOUWAR A KEDOUGOU : ENTRE LE HAUT ET LE BAS !

Belle chorégraphie Bedik. Au sommet des montagnes de Ethiouwar. Un village perché à 1 Km de hauteur sur les flancs de Bandafassi essentiellement Bedik. Un village ou vivent deux familles : les Camara et les Keïta. Environ, une cinquantaine de Bediks composée pour la plupart d’hommes et de personnes âgés. Le plus vieux Bedik y vit, M. Kathiamoune Camara, âgé de plus de 100 ans. 

Un décor féerique, loin des pollutions sonores et environnementales. Une belle façon pour les Bedik de perpétuer les rapports cosmogoniques entre le haut et le bas. Entre la montagne et ses flancs sud. Entre ses mémoires ancestrales et un vécu plus moderne. Un décor qui garde encore, sous plusieurs rapports, ses sacralités. 

Texte : Abdou Ndukur Kacc Ndao, Socio-anthropologue 

Illustration photographique Matar Ndour : Vieux Kathiamoune Camara, entre deux générations de femmes Bedik

L’OMBRE ET LA PROIE

ÎLOT MIRACULEUX. A la veille des élections de 2012, un politicologue avait dit à peu près ceci: « quels que soient les résultats des urnes, l’Empereur ne bougera pas ». Pourtant, il est bien parti sans la moindre résistance, apparemment avec l’élégance d’un gentleman après un duel perdu à la régulière. On a vite fait de louer ses qualités de républicain et magnifié orgueilleusement notre « démocratie bicentenaire », îlot miraculeux au milieu de républiques bananières composées de tribus esclavagistes et mangeuses d’hommes.

De toute façon, les prévisions politiques et sociales ne sont pas une prophétie, et moins encore une certitude tirée d’une maîtrise de facteurs ésotériques qui échappent au commun des mortels

Les observateurs avertis avaient néanmoins décelé des signes de départ précipité, comme la retraite mal préparée d’une armée mise en déroute. Les cafouillages notés dans un déménagement manifestement désordonné, avaient occasionné des maladresses indignes du rang de l’Empereur… et de son sang aussi, si on s’en tient à ses dernières proclamations de foi. Certains avaient même décelé des actes de vandalisme, là où d’autres regrettaient l’inacceptable arrachée à la sauvette par des partisans courroucés, de tapis de seconde main et de bibelots, emportés par un général dans sa retraite. Peut être déjà, l’affleurement d’un soupçon de preuve que les occupants du palais étaient tentés de ne pas quitter les lieux quels que fût le choix des urnes. Mais on n’était encore qu’au stade des conjectures et des supputations où les interprétations sont rarement objectives.

PRÉVISIONS. De toute façon, les prévisions politiques et sociales ne sont pas une prophétie, et moins encore une certitude tirée d’une maitrise de facteurs ésotériques qui échappent au commun des mortels. C’est un raisonnement scientifique, une analyse logiquement déductive de situations, basé sur des paramètres sociaux flexibles modelant un environnement dans lesquels un événement a la probabilité de se produire. Toute action sur les paramètres, peut favoriser ou infléchir la tendance. Le quasi plébiscite en faveur de son adversaire du second tour  était certainement de ces paramètres ayant obligé l’Empereur à « bouger » envers et contre toute logique.

Il faut donc être naïf pour ne parler que de maladresse verbale ou inviter à la compréhension vis-à-vis des propos infantiles d’un nonagénaire aux frontières de la sénilité.

Aujourd’hui, ceux qui étaient tentés de qualifier de bonimenteur le politicologue devront revoir leurs copies à la lumière des dernières déclarations de l’Empereur déchu. Il « n’accepte pas d’être dirigé par un descendant d’esclaves » (sic). Il n’avait donc pas accepté le verdict des urnes, et c’est bien le rapport des forces qui lui avait imposé sa conduite.

Si la majorité de nos concitoyens a été choquée par ses insultes récentes, celles-ci ne seraient pourtant que l’ombre d’une proie hautement plus scandaleuse, insidieuse et démocratiquement mortelle. En affirmant que « lui et son rejeton ne se laisseront pas diriger par un descendant d’esclave même si la majorité du royaume se soumet à une telle bassesse », c’est tout le fondement de la république et de la démocratie qui est remis en cause.

Si notre arsenal juridique n’est pas armé pour permettre une telle action (et ce serait apparemment le cas), c’est bien la preuve que nous prêchons du faux et que rien ne nous met à l’abri de récidives dont la jurisprudence garantirait l’impunité

MALADRESSE VERBALE. Il faut donc être naïf pour ne parler que de maladresse verbale ou inviter à la compréhension vis-à-vis des propos infantiles d’un nonagénaire aux frontières de la sénilité. De telles affirmations ont été faites par un homme au cœur du pouvoir depuis des décennies, et à la tête de l’état douze ans durant.

  • La défenestration de ses compagnons historiques qui avaient dénoncé son projet de « constitution monarchique», était passée sous silence, qualifiée de règlement de compte entre politiques.
  • L’amère pilule de l’intronisation théorique du rejeton comme le « plus intelligent de Ndoumbélaan» avait aussi été avalée par ses partisans dans le silence, comme d’autres pilules plus amères dans les couloirs feutrés du pouvoir bleu.
  • En octroyant au rejeton le contrôle de la mer, de la terre et du ciel d’un royaume sous sa coupe, la dévolution monarchique entrait déjà dans sa phase pratique. Son entourage l’avait encore soutenu et ou supporté, en tout cas toléré dans sa démarche, malgré les humeurs des concitoyens de Goorgorlu.

Quelles étaient donc les règles de gouvernance de l’Empereur au cours de cette alternance I qui se révèle chaque jour à nos yeux comme une république génétiquement modifiée, pondeuse de scandales ? Quel crédit accorder désormais aux élections organisées au cours de cette plus que décennie, sur la base de règles que nous croyions communes et universelles ? Comment regarderons-nous désormais ceux à qui il avait donné des pouvoirs de décisions que nous croyions uniquement basés sur le mérite technique, intellectuel et moral ? Devaient-ils leurs statuts au sang bleu de leurs veines ou n’étaient-ils que des courtisans au service d’un monarque gâteux ? L’Empereur déchu peut-il aujourd’hui, réclamer des élections anticipées au suffrage universel dans une république où certains citoyens sont nés pour gouverner et d’autres historiquement impropres aux charges républicaines à cause de la couleur de leur sang ? Est-ce cet homme qui fait appel à Barak Obama (président noir dans un pays où ses parents n’avaient pas le droit de vote) pour l’aider à libérer son rejeton des « griffes injustes » du Gladiateur ? Quelle contradiction ! Une autre cible aurait été plus recommandée pour ce cas de figure. Mais dans la république de l’Alternance II, monstre issu de croisements d’êtres et d’idéologies si différents, le ridicule ne tue pas !

C’est pourquoi, l’accalmie probable que pourrait nous imposer un souci d’apaisement d’un climat politique loin d’être serein, n’est que le premier round d’un combat de boxe sans règles et sans arbitre, loin d’avoir livré son verdict. 

JURISPRUDENCE DE L’IMPUNITÉ. On prétend qu’il faut plutôt en rire. Mais rire de quoi ? De notre faiblesse ? De notre démocratie de façade réelle ou supposée ? Ces injures ne sont pas que des paroles en l’air autorisant un « prétendu offensé » parce nommément cité, fut-il le premier d’entre nous à engager une action ou à pardonner leur auteur. C’est une insulte à toute la république, dont des millions d’entre nous, isolés ou dans des groupements humains y compris l’état et les associations, devraient avoir le courage et la possibilité juridique d’ester son auteur. Si notre arsenal juridique n’est pas armé pour permettre une telle action (et ce serait apparemment le cas), c’est bien la preuve que nous prêchons du faux et que rien ne nous met à l’abri de récidives dont la jurisprudence garantirait l’impunité. Les cris de révolte des uns, la virulence des répliques déclenchées par les autres (dont certains le qualifient maladroitement d’être surnaturel venu d’outre tombe), attestent de la volonté affichée des acteurs de ne pas se résoudre à passer l’éponge. C’est pourquoi, l’accalmie probable que pourrait nous imposer un souci d’apaisement d’un climat politique loin d’être serein, n’est que le premier round d’un combat de boxe sans règles et sans arbitre, loin d’avoir livré son verdict.

Illustration photographique : Matar Ndour

BANDIA, Mars 2015

FETE A ETHIOUWAR, AU SOMMET DES MONTAGNES BEDIK

L’Equipe de Studio de Brousse, en relation avec les communautés Bedik, organise une grande fête à Ethiouwar ce Lundi 2 mars 2015 (après midi). Occasion de capter différentes facettes de la vie sociale Bedik. Merci aux sages et à toute la population de Bandafassi et de Ethiouwar de nous donner cette opportunité exceptionnelle.

Texte : Abdou Ndukur Kacc Ndao, Socio-anthropologue

Photographe : Matar Ndour